AFC, petite « Conférence de presse » entre amis

Encore une fois, AF&C avait bien fait les choses : à la Maison Jean Vilar, nous n’étions guère plus qu’une quarantaine à assister ce matin 29 juillet, à la conférence de presse en forme de bilan du festival Off. Et pour cause : le « président » n’ayant convié que ceux dont il était à peu près sûr, affidés à sa cause, plus ou moins intéressés à la bonne marche du Off selon la recette éprouvée d’AF&C… Parmi eux, le « bureau » au complet de ces purs bénévoles absolument dévoués à la seule cause du théâtre : Bernard le Corff (et ses 59 spectacles programmés), Isabelle Decroix (trésorière du Off et heureuse bénéficiaire d’un prix 2010 du Off, attribué à tout juste onze compagnies), les Vantaggioli, (vice-présidente pour Madame, ex-trésorière, et propriétaires tous deux du Chien qui fume et du Petit Chien, également hôtes de deux spectacles « primés » par le Off), Raymond Yana (directeur de la société de captation vidéo commanditée par AFC)… Bref tout un petit monde acquis à la grandeur du Off.

Il est vrai que, d’emblée et par anticipation, la petitesse de la salle voûtée, qui compte à peine plus d’une trentaine de places assises, était effectivement peu propice à un grand raout. Non, ici, visiblement, la confidentialité prime : d’ailleurs, n’est-on pas entre amis ? Quelques heureux élus, comme les lauréats des prix du off ou de celui du public de l’Adami, servant de caution à l’auto-satisfaction du « directoire » du Off, qui avait quelque communication importante à partager, entre convaincus. Effectivement, selon nos sources, quasiment aucun des acteurs véritables du Off, théâtres, compagnies, n’avait été invité formellement à ce simulacre de conférence de presse, surtout pas les structures d’Avignon, le Chêne Noir, par exemple, scène historique et à l’origine du Off avec Benedetto, n’ayant été informé de ces réjouissances que par la bande. Il est vrai qu’un Gélas et son « mauvais esprit » et sa grande gueule peuvent difficilement complaire à cette direction auto-proclamée du Off.

Quant à la presse, si nous étions plus de huit, c’est que nous avons mal compté. Il est vrai que cette dernière n’est guère en odeur de sainteté chez AF&C, depuis que certains de ses représentants se sont permis quelques réserves quant à la politique actuelle de l’association, de ses orientations pour le moins contestables. C’est donc entre amis que le président, content de lui, s’est livré, une heure durant, à un « bilan » qui n’a de bilan que le titre, ponctué de chiffres fantaisistes, sûr de son immunité. Les chiffres, parlons-en : selon Greg Germain, 37 183 cartes du Off auraient été vendues en 2010, auxquelles il conviendrait de rajouter les « 6000 » distribuées par les lieux mêmes. Ce qui lui permet, un peu hâtivement, d’extrapoler 1 200 000 entrées payantes ! On jugera de la justesse et du réalisme de ses « calculs ». Selon lui, toujours, cela signifie une progression de 5% par rapport à 2009, sous-entendu tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… On se demandera simplement comment fait-il pour calculer un pourcentage de progression fiable sur une base chiffrée extrapolée (comme il le reconnaît lui-même) ? Passons et continuons.

Suivait une litanie de chiffres tous plus invérifiables les uns que les autres, et nous arrivions au discours moralisateur du président sur les accréditations professionnelles, selon lui portées à 3005 exactement cette année. A ce sujet, donc, et avec la verve vertueuse qui le caractérise, Greg Germain faisait observer à sa salle sous le charme la grandeur d’âme qui dicte leur attribution, paraît-il rigoureuse (tellement que quelques grands pros de notre connaissance se sont vu refuser la leur) et l’ampleur de sa générosité à l’endroit de ces indispensables invités, souvent suspectés de « profiter » de la très grande magnanimité du Off. La Classe, quoi, s’agissant de journalistes qui essaient de faire leur boulot, de producteurs et de diffuseurs qui sont tout de même là pour acheter des spectacles…

Après s’être étendu sur la « réussite » que constitue le « Village » du Off, à « l’atmosphère unique et bon enfant » (je cite), dont cependant le Magic Mirror a déserté les lieux le 27, date de clôture du « In » (pour simple raison technique, selon le régisseur général), Greg Germain continuait son numéro de séduction, drapé dans la dignité d’homme de bien qui lui sied si bien. Ainsi, nous « apprenions » les « bons » chiffres de fréquentation du site d’AF&C : 3 millions de clics en provenance de 105 pays… Alors, là, estoqués, nous n’avions qu’à baisser l’échine, devant une telle abondance de bonnes nouvelles… 3 millions de clics depuis le 1er juillet, c’est tout de même plus que Libération.fr toute l’année ! mais passons encore… Le reste étant à l’avenant, et devant l’absence généralisée de contradiction d’un public forcément acquis, Greg Germain s’enhardissait : voilà que nous en arrivions à « l’audience internationale » et les partenariats. Du grand Art ! Ainsi, d’un annoncé partenariat avec « Fringe » (Edinbourg) d’ores et déjà « signé » selon son président, quelques minutes plus tard contredit par son propre chargé du développement, qui parle lui d’une signature « peut-être pour la fin de l’année »…

Ou bien encore, dans le registre tout le monde s’arrache nos compétences : Okinawa, le Off de Pekin, en bref l’ambition d’AF&C de fédérer tous les grands « Off » du monde entier autour de son expertise ! On croît rêver. Le tout ponctué librement de considérations oiseuses sur la presse nationale, « qui ne joue pas le jeu » (il faut dire qu’en se répandant sur Libé comme il le fait dans la PQR, ça ne facilite pas les choses), sur la « France des Grands Larges », belle expression destinée à rappeler à son auditoire qu’il accorde beaucoup d’interviews à France-Antilles Martinique, qui le lui rend bien, sur le travail considérable et « bénévole » des membres du bureau d’AF&C, empreint d’une « spontanéité » et d’un désintéressement que tout le monde s’accorde à reconnaître… pour finir par nous entretenir de l’abération qui réside dans le fait que l’Etat n’aide pas son association (d’ailleurs, il rencontre le Ministre à ce sujet).

Bref, un panégyrique à la gloire de Greg Germain, digne successeur du fondateur du Off, qui dépense son énergie sans compter au profit de tous, au bénéfice des artistes et des compagnies… un exercice d’auto-satisfaction et de suffisance dans le droit fil de ce à quoi le président du Off, qui « ne dirige ni ne décide rien » nous a malheureusement habitués depuis toujours.

Eléonor Zastavia ce 29 juillet

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Comments
2 Responses to “AFC, petite « Conférence de presse » entre amis”
  1. saltimbanque dit :

    Bonjour…

    En effet je n’étais pas au courant de cette réunion…
    Ce qui me chagrine, dites moi si je me trompe… en 2004 Avignon Public Off est accusé de se remplir les poches et ne pas œuvrer véritablement pour les Cie et Spectacles… Certains partent et créent Alpha. Puis AF&C voit le jour…. mais qu’est ce que cette association apporte de plus que Avignon Public Off… des lieux d’Avignon ont aujourd’hui le pouvoir !!??? J’ai l’impression que cette nouvelles association ne sert que les membres du bureau… et qu’encore une fois l’argent reste dans les mêmes poches !!!

    Est ce que je me trompe ???

  2. alex8413 dit :

    Excellent ! Merci pour ce décorticage des chiffres… On dirait des enfants qui se gargarisent de leur jouet, ça fait peine !!..