La fin d’un rêve ?

Avignon, ce 31 Juillet 2010

C’est avec un peu de tristesse que nous voici arrivés à la fin du mois de juillet et à celle du Festival d’Avignon 2010. Nous sommes donc au bout du bout, fatigués et repus de purs moments de bonheur, de tristesse parfois, de honte ou de rage.

Bonheur d’avoir assisté à de beaux et éphémères instants de poésie, offerts par des acteurs, metteurs en scène, auteurs et directeurs de théâtre, parfois au-delà de l’impudeur, sans retenue, à la lisière de l’Amour, le vrai, celui qui n’hésite pas à dire les choses, toutes les choses. Celui qui ne fait pas l’économie du don de soi, celui qui ne pratique pas la langue de bois, celui qui n’est pas égocentrique, celui qui laisse à l’autre le temps de respirer. Mais aussi partage d’émotions et d’amitié, alchimie parfois réussie qui recrée, le temps d’un spectacle, la connivence et la tendresse entre deux personnes, où chacun peut tout dire à l’autre, sans lui mettre la tête sur le billot, sans le montrer du doigt.Certains nous ont offert ainsi de pures merveilles d’images, d’une poésie délicate et sensible, au-delà des mots. Celle-la même qui va directement au cœur et vous chavire les sens.

Comment ne pas écouter son cœur, ses tripes, ses poils dressés à la fin du spectacle ? Quelle plus belle critique que celle du corps et de l’esprit qui réagissent ? N’est-ce pas seulement cela qu’il faut retenir d’un spectacle, ces doux et quelquefois durs moments d’émotion ? Nous avons essayé, avec les mots, de vous faire partager en toute honnêteté notre expérience au sortir d’un spectacle, seulement dans le but de vous donner envie d’aller le découvrir par vous-même. Difficile tâche que de construire des phrases sur un substrat s’évaporant si vite mais qui reste si longtemps en nous, toute une vie parfois.

Bien sûr il y a des déceptions, mais celles-ci seront vite oubliées, et nul doute que chacun progressera, y compris nous dans notre perception du travail d’autrui. Songez encore que les chroniqueurs ne font état que de leur avis personnel, qu’ils rendent public … Forgez votre propre perception du théâtre, de la danse, de toutes les formes d’Art. N’hésitez pas à communiquer, à dialoguer, à échanger pour l’enrichissement de tous.

Le Festival d’Avignon nous a offert encore une fois de beaux moments de théâtre, quelquefois dérangeants dans la forme ou le fond. Mais n’est-ce pas là l’essence même du théâtre ? Déranger… Merci à cette équipe qui a su dénicher, partout en Europe et dans le monde, ces petits bijoux, étincelants sous les rampes de nos scènes.

Malgré toutes ses contradictions, le Festival Off, au travers de ses directeurs de théâtres et des troupes présentes, a su lui aussi nous procurer bien du plaisir et des découvertes. Créations et, trop souvent, reprises. Mais cela nous permet aussi de découvrir des perles qui nous auraient échappées.

Un bon cru cette année encore, de ceux qui nous donnent envie que rien ne s’arrête et que l’on continue à s’abreuver de ce nectar que nous offrent tous ces artistes un mois durant. Heureusement, cette flamme ne s’éteint jamais vraiment pour les Avignonnais qui vont maintenant pouvoir penser, avant que de les gouter, aux nombreux évènements que nous préparent les théâtres permanents d’Avignon. Nous devons bien un coup de chapeau à tous ces créateurs, ces directeurs de théâtres qui font beaucoup pour leur ville, et sans lesquels le Festival Off n’existerait pas.

Un immense merci à Philippe Avron et Laurent Terzieff, deux géants d’humanisme dont la vie entière fut vouée à l’autre au travers du théâtre. Il n’y a pas de mots pour décrire le vide que leur disparition laisse au fond de nous. Un vide pourtant bien plein des émotions qu’ils ont su distiller avec intelligence et délicatesse tout au long de leur parcours.

Pierre Salles

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