STEVEN COHEN : THE CRADLE OF HUMANKIND AU FESTIVAL D’AVIGNON

Après le Festival d’Automne, Steven Cohen présente son « The Cradle of Humankind » à Avignon

Avec sa création, The Cradle of Humankind, Steven Cohen nous conduit dans un voyage difficile et douloureux. Dans un rêve lucide, nous assistons à une panoplie d’images cruelles et frappantes qui évoquent l’origine de l’homme et l’apartheid. C’est une réflexion sur l’évolution humaine, sur sa violence et sur ce qui nous lie encore à cet héritage primitif. La question est claire: les hommes pourraient-ils s’extirper de leur nature meurtrière et prédatrice ou comment est-il possible d’être humains dans une société où on est sans cesse déshumanisés ?

Steven Cohen est un plasticien et performer qui provoque en se définissant comme «un monstre juif pédé ». Dans sa pratique artistique, il aime mélanger l’intimité et la politique. Son corps est souvent au centre de ses performances et au service d’un art vivant qui renvoie à la sculpture, à la danse et au travestissement; un outil pour exhiber sa triple identité : juif, homosexuel, blanc. Blanc qui a grandi en Afrique du Sud pendant l’apartheid, contexte où se sont constituées sa vocation d’artiste et son identité de marginal et subversif en lutte contre le patriarcat, l’orthodoxie hétérosexuelle et le racisme.

Pour The Cradle of Humankind, Cohen a de nouveau pensé à mettre en scène Nomsa Dhlamini, une femme noire, de quatre-vingt-dix ans, qui fut la domestique de son foyer parental petit-bourgeois. «C’est étrange d’être à plusieurs milliers de kilomètres de chez moi, et que le pays vienne à ma rencontre à travers Nomsa. Elle porte en elle l’histoire de ma vie, mon enfance, ma mère absente et mon frère disparu… Nous avons passé des décennies ensemble et, par osmose, nous sommes devenus part l’un de l’autre. »

Nomsa, courbée par les années, a le pas lourd. Presque nue, son regard est hypnotique ; il embrasse tout le plateau. La salle entière est sous le pouvoir de ses yeux. A ses côtés, Cohen apparaît, le visage peint de blanc, comme un cyber astronaute, un babouin empaillé avec un faux-cul de cochon. Tous deux marchent, dansent et se rencontrent dans
un univers privé et luminescent. Parce qu’ils sont les fantômes de deux êtres proches se retrouvant après une longue absence, leurs mots leur appartiennent et se réduisent à des murmures dans le monde réel. Le résultat est une forme scénique qui laisse le spectateur libre de son interprétation et perdu dans la multiplicité des sens possibles.

A la sortie du spectacle, résonne encore dans nos têtes la Marseillaise triomphant sur Nomsa affublée de pattes de léopard, nue et enchaînée. Malgré une oscillation entre sarcasme et atrocité, entre tendresse et pornographie, The Cradle of Humankind brille par sa volonté: interdire l’oubli.

Camilla Pizzichillo

The Cradle of Humankind / Chorégraphie de Steven Cohen / Interprétation Nomsa Dhlamini, Steven Cohen/ Centre Pompidou / s’est jouée du 26 au 29 octobre 2011/ The Cradle of Humankind était créé et programmé au Quartz de Brest (festival Anticodes) du 16 au 19 mars 2011.

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