FOCUS : LE THEÂTRE DES HALLES, SCENE D’AVIGNON

Focus sur le Théâtre des Halles, un entretien avec Alain Timar et six spectacles : Ma Marseillaise, Dies Irae, Occident, Sainte dans l’incendie, Très nombreux chacun seul et l’Uruguayen.

Dirigé depuis 25 ans par Alain Timar, son créateur, le Théâtre des Halles (TDH pour les intimes) est un havre de tranquillité en plein centre névralgique d’Avignon. Cyprès, figuiers, vigne vierge montante sur la bâtisse, la cour est une carte postale de Provence où l’on entend parler aussi bien anglais, coréen que provençal.

Les avignonais pure souche se font reconnaître et font savoir à qui veut l’entendre qu’ils connaissent bien le lieu. Le public d’habitués est un peu plus vieux que la moyenne des festivaliers. Il n’en est que plus exigeant. Deux jolies salles sont côte à côte sans pour autant se gêner : un théâtre frontal, la salle du Chapitre qui jauge 200 places et la magnifique chapelle Sainte-Claire où l’on rentre difficilement à 50.

Rencontre avec Alain Timar

Nous avons rencontré Alain Timar, patron discret mais présent, qui nous a fait le plaisir d’un entretien :

«J’avais très peur, tout le monde parle de cette fameuse crise qui est effective et qui touche beaucoup de gens. Le parent pauvre de la crise sera-t il le festivalier qui a moins d’argent? Je constate qu’il y a une appétence, une curiosité, même si nous ne sommes qu’au tout début du Festival. Le public est au rendez vous pour la plupart des spectacles.

Au fur et à mesure des années -qui passent vite!- le Théâtre des Halles a acquis une certaine réputation qui s’est bâtie a plusieurs niveaux : le travail de création qui fait que les spectateurs aiment suivre ce travail artistique. Intimement lié à cela, j’ai pris l’habitude de sélectionner, de choisir des spectacles, d’inviter d’autres artistes. On essaye de les accueillir dans les meilleurs conditions qu’il soit : ce n’est pas un lieu de location de créneaux, on ne loue pas le lieu. C’est un lieu singulier, particulier qui a l’ambition de choisir sa politique artistique, de sélectionner ses spectacles.

Que ce lieu vive et transpire la création. Pendant le festival mais aussi pendant toute l’année. Le festival n’est pas le paroxysme d’une année mais c’en est la conclusion. Le cadre, le parc, le cloitre, la relative tranquillité fait qu’on côtoie le public aussi bien que les artistes. Une proximité propice au dialogue, à la construction de projet. C’est agréable pour le public et pour les artistes, c’est ce que je souhaite. »

Le metteur en scène et directeur du lieu, qui est également plasticien, expose ses tableaux dans la hall du théâtre, comme les paysages d’un drame intérieur qui n’explosera jamais.

Ma Marseillaise de Darina Al Joundi / ms Alain Timar

Après son énorme succès : Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, Darina Al Joundi se lance dans un nouveau monologue, qu’elle a écrit seule cette fois-ci. Le texte est fort, très fort et son histoire à la fois émouvante et enrichissante. Cette profession de foi a prêché ici des convaincus, voire des apôtres, mais ce spectacle doit tourner, un maximum, dans tous les milieux, dans tous les théâtres. La comédienne est éblouissante, belle et drôle. Sa voix est aussi grave que ses yeux. Les émotions sont fortes et sa vie intense. La mise en scène, même si elle est déjà sobre, pourrait s’effacer encore plus, moins de chant, moins de mouvements, le texte et la présence de Darina Al Joundi suffisent amplement.

Entre les spectacles, le bar du théâtre vous accueille avec pas mal de chaises, mais peu de tables. Si le gaspacho est un peu cher pour ce que c’est, la salade de penne est assaisonnée à point et les produits frais et goûteux. Le café vaut mieux que le thé glacé mais qu’importe ce que vous choisissez, on vous le servira avec le sourire, le même que vous trouverez en billetterie.

Dies Irae, par la compagnie Le Cabinet des curiosités.

«Le ciel est toujours libre, ouvert aux vents et à la course des nuages.» Un homme en blanc, criminel emprisonné parle à son geôlier. La liberté, la société, la violence… le texte dense et enlevé est une grande réflexion lyrique sur l’âme de l’espèce humaine. Guillaume Cantillon porte le texte d’une voix suave et chocolatée. La mise en scène lyrique et aérienne pourra malgré tout perdre une partie d’un public en recherche de concret. Un spectacle exigeant, peut-être un peu trop.

Occident par la compagnie In Situ :

Un couple de gens normaux discutent de tout et de rien. Du bar. Des arabes qui sont au bar. Petit à petit, dans sa médiocrité quotidienne, le mari glisse doucement d’un racisme ordinaire à une haine effroyable de l’autre. Les deux comédiens, si différents, portent ensemble ce texte mordant et drôle de Rémi De Vos avec une conviction qui fait plaisir à voir. La mise en scène élève le texte hors d’une quotidienneté banale qui rend ce drame universel et humain, ardemment humain. A voir coûte que coûte.

Sainte dans l’incendie par le CDN de Sartrouville :

L’histoire de Jeanne D’Arc, donnée par Laurence Vielle, comédienne étrange à la voix nuageuse mais profondément ancrée dans le sol : un nuage boueux. Elle te parle dans les yeux et atteint ton foie. De se regard, elle maitrise son public qui explose de rire ou retient sa respiration à volonté. Une véritable meneuse de public dans des coins reclus de l’émotion. Le texte est foncièrement drôle et poétique, Laurent Fréchet réussit un coup de maître en traitant de Jeanne D’Arc dans la plus grande simplicité. Contrairement à Guy Cassiers, il n’utilise pas toute une armada d’effets mais juste un texte, une voix et une intelligence.

Très nombreux, chacun seul de Jean-Pierre Bodin

Un très bon docu télé : les vidéos sont moches, le propos étayé de spécialistes et la thématique dans le vent. Du théâtre, hormis les belles lumières on n’en a pas vu la queue à part des mouvements de danse bateaux et une musique ultra ouie et reouie.

L’Uruguayen, cie KIPRO-co

Le décor est composé d’une énorme bite rouge (un bon mètre quatre vingt) avec capote et un chien en peluche animé. Le grimage de la comédienne est dérangeant juste ce qu’il faut, de l’étrange et du transsexuel sans cliché, à l’image de ce chien : presque vrai mais tellement faux. Le texte est diffusé en V.O. sur le mur de la chapelle Sainte-Claire. Quelques longueurs dues au manque de rythme qui seront certainement corrigées dans au fil des représentations.

En résumé, trois propositions à la fois émouvantes et violentes pour une programmation aussi riche que belle et intelligente. Ce lieu laisse le temps et le prend, comme une denrée rare. A fréquenter dans vos pérégrinations d’été !

Bruno Paternot

LABEL OFF® : spectacles recommandés par lebruitduoff.com.

Visuel : la comédienne et auteure Darina Al Joundi /crédit photo : Sylvie Biscioni

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