LA PEAU DURE : UN MATIGNON AU FESTIVAL CONTRE-COURANT

AVIGNON OFF 2012 : La Peau Dure / mes J.F. Martignon / unique représentation le Jeudi 20 juillet 2012 à 22H au Festival Contre-courant, Rond-Point de la Barthelasse.

La Peau Dure, d’après Raymond Guérin, est donnée pour une unique représentation au Festival Contre-Courant le 20 juillet prochain à 22 h. Cette mise en scène de Jean-François Matignon (présent également au Festival avec W/GB84), avec l’excellente Sophie Vaude, pièce déjà montrée dans le Off 2010, est une oeuvre superbe et dense, servie par une comédienne d’une justesse remarquable.

L’adaptation qui en sera proposée au festival Contre-courant sera certainement très différente de la précédente version, puisque celle-ci était montée en une déambulation dans un immeuble vide, en « visite » particulière pour 16 spectateurs. Voici ce que nous en disions alors :

La Peau Dure, un Matignon magistral

Il est rarissime qu’une oeuvre, au théâtre, vous fasse ainsi le poing, à l’estomac. Cette Peau Dure est de celles-là, de cette trempe-là, de cette fulgurance. Le choix d’un texte dur, cruel, remarquablement écrit y est évidemment pour quelque chose. Raymond Guérin était de cette race d’écrivains qui ne plient pas, jamais. A l’instar d’un Céline, ou d’un Pierre Guyotat, aujourd’hui. Ces écrivains-là n’ont peur de rien. La même intransigeance, la même exigence les habitent. Ils portent très haut la littérature, ils la vénèrent, mais ne lui font pas de cadeaux. De la même façon, la vie, le public, la vie littéraire n’ont jamais fait de grâces à Raymond Guérin ; l’ont laissé pourrir dans sa province, sans jamais lui accorder le crédit auquel, lui plus que tout autre, avait droit. Ainsi va la vie, injuste, et la littérature…

Dans la Peau Dure, donc, trois femmes, trois soeurs, que la vie a exclues des joies simples, de l’amour, du bonheur. Trois soeurs si dissemblables, et pourtant tellement identiques, que la même histoire, inlassablement, entâme et use jusqu’aux os. Trois résistantes, femmes debout, malgré tout, envers et contre tous. La comédienne Sophie Vaude, que l’on avait déjà remarquée dans le Tour d’Ecrou ou, dernièrement, dans le Swann monté par le même Jean-François Matignon au Théâtre des Halles, les incarne tour à tour superbement. Elle y distille son art du théâtre avec une grâce rare. Un instinct de comédienne née, que le travail, exigeant, et l’intelligence du rôle nourrissent et régénèrent. Avec cette fragilité mâtinée d’une paradoxale assurance, qui accomplit là une merveille d’équilibre et de force. Une pure leçon de théâtre.

Si le miracle existe, c’est bien évidemment à la mise-en-scène virtuose de Jean-François Matignon qu’il le doit. De cet objet nu, minimaliste, de cette pièce élémentaire dans sa crudité même, le metteur-en-scène a tiré une oeuvre polysémique d’une très belle fluidité. Le dispositif en appartement lui sied impeccablement. Une évidence, que de jouer cette oeuvre dans la succession de salles et du jardin d’un appartement délabré, à l’esthétique parfaitement raccord au texte. Une scénographie  pré-existante, en amont de l’oeuvre, qui s’impose, et ainsi la révèle, magnifiquement. Et c’est bien d’ailleurs de révélation qu’il s’agit. Les trois soeurs qui se mettent à jour, dans la lumière de leur obscurité, apparaîssent au monde, au sens biblique du terme. Ainsi, ces trois femmes, l’oeuvre et son écrin ne font plus qu’un. Une triple révélation donc, que grandit celle d’une comédienne hors-pair.

Quant à la direction d’acteur, Matignon montre là une maîtrise absolue. Que de beauté dans ces micro-riens d’un geste, d’une miette. Ainsi de la première partie, où Clara, d’un mouvement infinitésimal, porte à sa bouche de minuscules nourritures, qu’elle rumine obsessionnellement, comme une petite souris dans son trou. Ou à la cuisine, lorsque Jacquotte replie ses pauvres torchons, avec l’assurance et la résignation de celle qui a appris toute sa vie, durement, à le faire. Merveille que cette petite mécanique du jeu… Une direction précise et rigoureuse qui transfigure le presque rien de ces vies transparentes et brisées. Qui leur confère une épaisseur, une vibration inédites. Et que dire de ces lumières, qui font souvent la pâte de Matignon, cet éclairage à minima, sans effet, pourtant remarquablement efficace et, ici, régi à vue par la comédienne…

Un travail magistral, que l’intelligence du théâtre sous-tend de bout en bout, où l’émotion, que Sophie Vaude sait si bien porter, affleure en permanence. Un cri élégant et rare dans la nuit du théâtre.

Marc Roudier Juillet 2010.

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