DISABLED THEATER : JEROME BEL ET HORA THEATER

FESTIVAL D’AVIGNON 2012 : Disabled Theater / Jérôme Bel et Hora Theater / Du 9 au 15 juillet 2012 / Salle Benoît XII.

Disabled Theater : Dé-jouer L’altérité

Les acteurs du Hora Theater, atteints pour la plupart du syndrome de Down, sont des professionnels, et c’est une des raisons pour lesquelles Jérôme Bel a accepté de travailler avec eux. « Disabed Theater » renvoie à Théâtre incapable, et ce titre un brin provocateur expose cette difficile adéquation entre handicap et sphère publique.

Jérôme Bel met en scène la Trisomie, il en fait quelque chose, il lui donne du symbolique, et lui enlève pour un temps cette chosifiante image qu’elle renvoie aux autres. Bien sûr avec ce geste Jérôme Bel divise les spectateurs, les plus bienveillants pensent qu’il est question ici d’exhibitionnisme, et si l’on pousse un petit peu plus loin leur réflexion, l’on comprend que le handicap ne peut être représenté au plateau, qu’il est plus convenable de le laisser caché, invisible et inaudible.

Mais pourquoi l’occulter, alors que cette altérité-là provoque chez le spectateur des émotions d’une intensité extraordinaire ? Car ce qui se joue sur le plateau est le passage symbolique de la qualité d’être aliéné, à celle d’être émancipé par le moyen -la grâce pourrait-on dire- de la danse. Nul ne pourra nier que lorsque Peter Keller danse, qu’il veut occuper le plateau parce qu’il a quelque chose à dire, qu’il ne goûte pas cette joie intense d’être regardé. Mais qui a peur de l’autre ? Qui, du spectateur ou du danseur de Bel, a peur de la différence ?

D’ailleurs Jérôme Bel va continuer à creuser cette question, en invitant sa troupe dans les grands centres de théâtre expérimental, comme le Kunstenfestivaldesarts ou le Centre Pompidou. Bel déjoue un système capitaliste en produisant à partir  de lui du symbolique. Ce spectacle suscite de la réflexion, car la trisomie exprime d’une manière paroxystique l’altérité.

Les danseurs de Disabled Theater incarnent la différence, mais que faire de cette différence ? Pour la troupe du Hora Theater, l’art se présente comme une évidence, ils travaillent, et de cette manière ils font quelque chose de leur capacité et de leur qualité, comme le dit si bien Jérôme Bel dans notre entretien. En vérité, ce sont des acteurs géniaux, ils ne vivent que pour le présent, l’instant électrique de la représentation. Et pour un interprète, n’est-ce pas magnifique d’arriver ainsi à oublier le passé, le futur, et le travail des répétitions ?

Ils ont cette présence extraordinaire car ils arrivent à être là, tout simplement, ils existent, ils sont la chair et le corps actant, exactement ce que le spectateur demande aux plus grands interprètes.

Quentin Margne

LIRE AUSSI notre entretien avec Jérôme Bel : http://wp.me/p1JWTy-1WZ

Article publié en partenariat avec INFERNO-MAGAZINE

 

 

Visuels : Hora Theater dans Disabled Theater de Jérôme Bel / Photos C. Renaud De Lage / Copyright Jérôme Bel / Hora Theater 2012 et Festival d’Avignon.

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