AVANT-PREMIERE 2013 : ITALIE-BRESIL 3 A 2, TRAGI-COMEDIE PALERMITAINE

italie brésil

Ce spectacle a été labellisé LABELOFF 2012

AVANT-PREMIERES 2013 : »Italie-Brésil 3 à 2″ de Davide Enia / Mise en scène Alexandra Tobelaim / A La MANUFACTURE en juillet 2013.

Sur scène, une famille palermitaine au grand complet. Tous sont là afin de suivre ce match de la coupe du monde de l’année 1982, ce match de quart de finale qui devait mener l’Italie en finale et enfin au titre suprême de champion du monde.

Voila un pitch qui au premier abord peut laisser dubitatif. Pour ceux qui ne sont ni spécialistes footballistiques ni « tifosi » dans l’âme, ni même italiens, cette proposition d’Alexandra Tobelaim intrigue à juste titre. Mais comment mettre en en scène un match de foot suivi à la minute près par une famille palermitaine ? Car il s’agit bel et bien de théâtre-récit, et c’est dans ce léger interstice que se sont glissés l’auteur et la metteuse en scène. Traiter ces 90 minutes sous forme d’épopée familiale, tout se jouant au sein d’une même famille, au travers les yeux du gamin qui voit ça du haut de ses 8 ans et par toutes les anecdotes de chacun des protagonistes, entre mythes, rires, exagération et superstition, tout y est.

Sur scène une famille palermitaine ? Oui et non, car un seul acteur, Solal Bouloudnine, interprète ce récit avec un rythme hallucinant et une maîtrise parfaite des ruptures. Un récit entrecoupé par les musiques jouées live par le compositeur marseillais Jean-Marc Montera. Solal Bouloudnine mouille le maillot pendant 90 minutes. Sur scène, il arrive à faire vivre toute la passion de cette famille, de ce peuple, de tous les tifosi, pour ces 90 minutes pendant lesquelles tout s’arrête.

Le match de foot est en fait secondaire. En revanche, le récit décalé de ces superstitions palermitaines et de la ferveur de la presse parvient à nous faire entrer dans l’intimité et l’univers de cette famille. Dès la fin du spectacle, nous avons même l’impression de les connaître parfaitement, comme s’ils étaient « nos cousins d’Italie ». Nous prendrions volontiers avec eux un plat de pâte, ou croquerions une tomate au sel en discutant inutilement mais passionnément de foot dans la chaleur moite de Palerme. De foot ou d’autre chose d’ailleurs, le récit de Davide Enia sur cette Coupe du monde étant quasiment homérique.

Mais l’exercice, à l’aide d’une mise en scène sobre et efficace, tient bien sûr par un texte très malin, alternant suspense, humour décalé, nostalgie, mais aussi par ce récit formidablement transmis par Solal Bouloudnine, épatant dans ce rôle de conteur. Vu l’intensité de ce spectacle, il est pour lui salutaire que celui-ci ne soit joué qu’une fois ! Il se donne sans compter, à corps perdu, mais toujours dans la maîtrise de son Art. Cet artiste, fondateur de l’IRMAR (institut de recherche ne menant à rien) emmène son public pourtant bien à quelque chose. Simplement à cet effet jubilatoire que peut avoir une pièce dans la tête, le corps et le cœur d’un spectateur. Il est évident que chacun dans la salle se remémore un instant de sa vie en famille, peu importe que ce soit le foot, le vélo ou la retransmission du 14 juillet, voire même les vacances au bord de l’eau, tout n’est ici que lien, joueurs sur la pelouse, famille, vision d’un petit enfant, distance historique.

Solal Bouloudnine arrive même avec beaucoup d’efficacité à nous faire vivre un ralenti bluffant du dernier but. Et là encore, peu importe que se soit un but, c’est bel et bien le texte, la mise en scène et Bouloudnine qui parviennent simplement à vérifier physiquement les termes de la théorie de la relativité restreinte. Le temps, durant cette phase de jeu, devient réellement plus lent dans la salle de la Manufacture. Comme s’étirant pour arriver in fine à cette boule de cuir au fond des filets.

Un excellent moment de théâtre !

Pierre Salles

LABEL OFF® : spectacle recommandé par lebruitduoff.com.

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