AVIGNON OFF : « CONTRACTIONS », AUX HALLES, L’ENNUI GAGNE…

contractions

LEBRUITDUOFF.COM / 15 juillet 2013

AVIGNON OFF 2013 : Contractions / Cie la véraison / Théâtre des Halles du 6 au 28 juillet à 16h30

Le texte de Mike Bartlett nous emmène dans les bas-fonds de la fange de l’esprit d’entreprise. Il s’agit dans « Contractions » d’entrevoir jusqu’où un manager est prêt à s’immiscer dans l’intimité d’une de ses employées, Emma.

Cette jeune femme est suspectée d’avoir une relation d’ordre amoureux avec un autre employé nommé Darren. Or, une des clauses de son contrat stipule formellement l’obligation d’informer au préalable l’entreprise de tout type d’engagement amoureux avec un autre employé. Entre vie privée et vie professionnelle, la limite devient poreuse jusqu’à détruire Emma.

Si le texte porte un propos qui touche juste, et pointe du doigt le phénomène de surveillance lié à l’esprit de compétitivité propre aux entreprises actuelles, en revanche la mise en scène se laisse happer entièrement par des codes théâtraux d’une lourdeur incommensurable. Pendant prés d’une heure, ce sont les mêmes déplacements qui se déploient dans l’espace. Les deux actrices restent en grande partie assisses devant les gradins, presque aucun regard échangé.

Les corps au plateau, la scénographie faussement futuriste, produisent quelque chose d’ordre cadavérique. Le texte au fil du temps se dévitalise, et laisse place à l’ennui. Certes la logorrhée de la manager, ses questions, ses gestes incongrus, peuvent fasciner par instant, mais l’aspect général de son jeu sent le factice.

On sort terriblement déçu de Contractions, car avec ce thème abordé, on aurait pu être sensible à l’angoisse d’Emma, on aurait pu même interroger la perversité croissante du manager, liée à cet usage de la surveillance qui domine notre temps. Mais tout cela disparaît au profit d’une esthétique esthétisante, d’une production d’images attendues, portées par une mise en scène et un jeu d’actrice qui se parent d’un vernis inutile.

Quentin Margne.

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