AVIGNON OFF 2013 : LA COURSE AUX CHIFFRES, UN SPORT TRES… LOCAL !

A sculpture called " crippled hand" from Italian sculptor Maurizio Cattelan is placed in front of stock exchange palace in Milan

LEBRUITDUOFF.COM / 23 juillet 2013

LE BILLET d’Armand Héliot : La course aux chiffres.

Comme chaque année, serions nous tentés de dire. Comme chaque année, en effet, l’association AF&C, les théâtres et les compagnies,  mais aussi la presse ou même encore les commerçants, nous abreuvent d’une litanie de chiffres, tous plus ou moins faux, mais tous révélateurs de ce qu’est devenu le Off : un pur marché,  une bourse où s’étalonne la valeur ou la compétence à l’aune des comptabilités…

Ainsi ce matin dans « La Provence », le grand quotidien d’Avignon, c’est M. Hemin, président des restaurateurs vauclusiens, qui se plaignait d’une baisse significative du chiffre d’affaire des restaurateurs, à hauteur de 30 %… Baisse qu’il attribue à la confusion des dates du Off (on y reviendra), et dont il dit qu’elle est à comparer avec celle tout à fait équivalente des autres commerces, y compris les salles de spectacles…

Passons sur ce chiffrage pour le moins invérifiable, que l’on croirait tout droit sorti de la bouche de M. Germain… Sauf qu’en matière de fantaisie comptable, le même aurait plutôt tendance à gonfler les siens, de chiffres, ne serait-ce que pour montrer combien « son » Off est une réussite…

Le fait est, nous l’avons vérifié, que la fréquentation des salles du Off – à l’exception notable des « grands » et bons théâtres »historiques » -est gravement en baisse, tandis que l’on constate chaque jour des terrasses à moitié vides et des pélerins du off préférant suçoter une glace à la fraise en déambulant en famille -de beaufs-  qu’entrer dans des salles-saunas se taper un énième seul-en-scène. On les comprend.

Voilà qui ne fera guère plaisir au « Président » du Off, qui y verra là certainement un effet de « crise »,  afin d’excuser ce score médiocre.

Autres chiffres, toujours dans « La Provence », le grand quotidien d’Avignon : ceux du ‘record » (ce sont leurs termes) qu’ils seraient en passe de battre en ayant, disent-ils fièrement, couvert près de 400 spectacles dans ce Off 2013… Ce qui appelle, pour le moins, plusieurs remarques :

– Tout d’abord, si nous étions eux, nous ne nous en vanterions pas. En effet, où, et avec quelle abnégation, vont-ils chercher matière à chroniquer 400 spectacles (!!!) ? On se le demande, nous qui peinons à en pré-sélectionner plus de 150 à voir, avec beaucoup de bonne volonté, tant le cru 2013 est catastrophique, pour pouvoir en chroniquer tout au plus en fin de Off, après s’en être tapé une sacrée floppée,  guère mieux qu’une toute petite centaine, tout compris (articles + chroniques express, comme dans la rubrique « J’y vais/Je fuis »), tant le niveau est déplorable et les propositions inintéressantes… Certes, cela s’appelle tenir une ligne, faire des choix, être un chouia non pas exigeant mais respectueux de notre lectorat, que l’on a pas envie d’envoyer voir des daubes…

– Par ailleurs, au fond, est-ce cela qui intéresse nos amis de « La Provence » ? Une compétition effrénée à qui ira voir le plus de navets et de croûtes, pour le seul plaisir d’aligner des chiffres et de se faire mousser dans leurs colonnes ? Est-ce là pour eux la « critique » théâtrale, confiée d’ailleurs dans la majorité des cas à de simples stagiaires d’été (27 disent-ils) qui connaissent le théâtre comme nous l’accordéon ?

– Enfin, n’est-il pas significatif que la presse locale use des mêmes travers que M. Germain, fanfaronne sur les mêmes arguments, cette course absurde à l’échalote, à toujours plus de « chiffre », obsession qui aura fini par déteindre sur tout le monde, y compris les journalistes sérieux d’un grand quotidien régional ?

Tout cela est révélateur d’un climat ô combien délétère. Ce Off est une catastrophe : artistique, économique, médiatique… Un véritable panier de crabes où s’engluent les artistes et le public amateur de théâtre, et où prolifère un état d’esprit néo-libéral déplorable, où seuls comptent l’addition de statistiques et l’esprit comptable. Exécrable.

A. Héliot

Visuel : la sculpture (commande publique) de l’artiste Maurizio Cattelan devant la Bourse de Milan.

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Comments
6 Responses to “AVIGNON OFF 2013 : LA COURSE AUX CHIFFRES, UN SPORT TRES… LOCAL !”
  1. Davenio dit :

    Mais c’est dingue. Vous ne pouvez pas vous empêcher d’être insultant. On serait assez d’accord avec vous, mais vous vous posez en parangon de l’intelligence et de la vertu.
    C’est absolument détestable. Vous êtes les meilleurs et les plus beaux et les plus forts.
    Sur le fond, rien à dire. Mais sur la forme, bon sang, cessez donc de vous conduire comme des Jean-foutre. L’invective, le cynisme, ne sont ni des arguments, ni même une forme de pensée : ce sont des vents.

    • Pas du tout : simplement un peu d’humour, c’est tout…

      • Davenio dit :

        Ah, et dites: ce n’est pas un peu présomptueux de donner des leçons d’éthique journalistique, quand vos « j’y vais-je fuis » » encensent ou dézinguent en trois coups de cuillère à pot, sans argumentation, frères en cela des « j’aime-j’aime pas » grotesques de la télévision et de certains journaux?
        Vous êtes agaçants, vous savez? ( oui, bien sûr, vous savez). On voudrait vous aimer, et vous vous y prenez comme des manches.

      • Nous aussi on vous aime, vous savez…

      • Davenio dit :

        Oui oui oui, vous ne m’aurez pas au sentiment. Quoique.
        Allez, un petit effort, je vous jure que je suis plutôt d’accord avec vous – ce dont vous êtes en droit de vous foutre totalement.
        Bon. J’arrête. J’aime trop discuter et disputer. Il fait trop chaud. Je vous embrasse.

  2. F Jenny dit :

    Chère A.Heliot, ce que vous décrivez pour ce Off aurait pu être écrit les 10 dernières années. Le Off tel qu’il est « organisé »(?), « vendu »(?) ne peut que conduire à tous les excès que vous dénoncez. Mais, la question qui se pose est : Nous savons tous ce qu’est devenu le Off, ce qu’il coûte aux uns et rapporte aux autres, ce qu’il propose comme produits imbéciles de masse tout comme créations, alors que font les professionnels de la profession ? (merci Mr Godard) et la presse ? (entre parenthèses la PQR a certes un comportement imbécile (400 spectacles chroniqués ouah super!!!), mais le silence de la presse nationale est pire encore.
    Bien à vous