AVIGNON OFF : DE LA DEPENDANCE AVIGNONNAISE…

dependance

LEBRUITDUOFF.COM / 28 juillet 2013

LE BILLET de MIMOSA.

Et bien nous y voilà ! Nous voilà au bout de ce marathon théâtral qui, à bien y réfléchir, est totalement insensé, et pour qui que ce soit.

En tout premier lieu, le comédien bien sûr. Il aura exercé son art et sa passion certes, mais à quel prix ? La réponse est zéro, la tête à toto ! Ce comédien talentueux ou pas a tracté, monté le « décor », joué, démonté puis « retracté », pour enfin trouver un peu de repos dans un boui-boui loué à prix d’or. Le seul petit hic, c’est qu’il n’aura pas été payé, à la différence de tous les autres acteurs de ce gigantesque salon autoproclamé « le plus grand théâtre du monde » (rappelons au passage que cela est faux, (le plus grand Off au monde étant Fringe Edinburgh, ndlr) mais qu’importe tout le monde le répète ! ). Le Off d’Avignon est très probablement le plus grand « marché au noir » de France au vu et au su de tous, mais qu’importe, la machine à cash tourne et c’est bien l’essentiel : c’est de l’art on vous dit !

Revenons à notre comédien qui sous prétexte d’avoir la chance « de faire Avignon » (on l’a entendu moult fois et souvent de la part de directeurs de lieux, mais c’est un hasard…), accepte donc de ne recevoir aucun salaire, si tant est que l’aventure avignonnaise ne lui ait pas coûté de sa poche. Mais voilà, les comédiens, les compagnies le savent ; la profession se retrouve ici, il faut donc y être et à n’importe quel prix : voilà ce qu’est donc la dépendance économique. Sur ce sale terreau va se développer toutes les mauvaises herbes : théâtres (sic) inconfortables (pour les artistes comme pour le public), location de ces mêmes théâtres déguisée en contrat de co-réalisation, avec minimum garanti payable d’avance (ce qui est interdit, mais bon. On verse un acompte et pas la totalité du minimum garanti), ou même mieux, faux contrat de co-réalisation avec la belle petite enveloppe qui va avec, mais sous la table bien sûr (et oui cela existe ici…), location de studio au prix d’une villa azuréenne, sandwich pour client fortuné et à l’estomac bien accroché, petite bière à la couleur et au prix de l’or…Il est bien évident qu’une fois toutes ces dépenses assumées, il n’y a plus rien pour le salaire du comédien : zéro, nib, walou !

Mais, mais, mais tout cela est normal, il faut être là on vous dit et cela mérite bien quelques concessions, or le seul  à les assumer c’est l’artiste, celui qui fait le Off donc, celui sans lequel tout cela n’existerait pas, logique… Soit ! Sauf que, si l’artiste accepte l’inacceptable, c’est bien pour espérer  « vendre » son spectacle à ces messianiques professionnels, et ainsi récupérer sa donne. Là encore, certains directeurs de lieux vous diront que c’est de l’investissement : « hein, faut savoir ce que l’on veut ». Certes, mais eux aussi investissent et par contre, ils rentabilisent leur donne avant même le début du festival : « hein, faut pas déconner quand même, moi je prends de gros risques ». On se marre à gorge déployée !

Alors donc, il faut vendre son spectacle et là, comme dirait l’autre, c’est le drame. Si la compagnie X a réussi à attirer le dieu-programmateur Y, il faudra lui expliquer que le spectacle qu’il vient de voir ne sera pas le même s’il l’achète (!!). « Attention on aura du décor. Là, on n’a pas pu, il n’y avait pas la place ni de stockage, et encore moins sur le plateau (sic), et puis les lumières, ce n’est pas vraiment cela non plus. Notre plan de feu n’a pas pu être respecté, plus de place sur le grill. Ah oui, on a aussi taillé dans le texte pour rentrer dans le créneau, et dans la « scéno » pour coller au plateau. Mais sinon, dis, tu le prends mon spectacle… ». « …Euh, je vous rappelle à la rentrée ». On imagine la tête du client à l’écoute du commercial lui disant : « la voiture que je  vous présente ici même n’est pas celle que vous recevrez,  mais je peux assurer qu’elle sera mieux… ». « Euh…je vous rappelle. »

Certains de nos lecteurs assidus doivent se dire : « bizarre, ils n’ont encore pas tapé sur AF&C, l’association coordinatrice du Off ». Rassurez-vous, on y vient. Puisque le Off est un marché, cela suppose une organisation en tant que telle, pour au moins faciliter les relations entre fournisseurs et clients (oups pardon ! Entre compagnies et programmateurs), et là, scandale il y a ! AF&C est donc détentrice d’un fichier programmateurs, parfaitement essentiel aux compagnies, si ce n’est vital. Mais qu’en est-il de ce fichier ?

On sait que l’année dernière, AF&C a daigné le donner, mais dans une forme incomplète : pas d’adresse précise, pas de mail, enfin, un fichier « à la con », quoi ! Oui, mais pourquoi cette association répugne tant à délivrer ce Graal ? La réponse pourrait être assez simple : il est fort probable que ce fichier ne lui appartienne pas. Non vous ne rêvez pas, c’est un cauchemar, et une belle petite entourloupe ! Ainsi AF&C n’a pas, pendant des années, géré en direct les accréditations professionnelles, mais a sous-traité cette charge à une structure qui, bien sûr, vend le fichier…

Surréaliste, vous en conviendrez ! On ne sait pas très bien comment s’est déroulé la gestion des accréditations cette année, vu que lorsque l’on pose la question à l’équipe du Off, nous obtenons comme réponse : « c’est un faux problème. Les compagnies peuvent tout savoir sur les programmateurs qui ont vu leur spectacle ». En effet, les compagnies ont accès par l’interface du site du Off à toutes les infos du dit programmateur. En quelque sorte, une copie de sa carte de visite ! Respect ! Quant aux  autres programmateurs qui n’ont pas vu le spectacle, et bien c’est aux compagnies de se « démerder » pour les contacter. Réponse supplémentaire du Off : « Donner tout le fichier aux compagnies n’est pas une très bonne idée, elles ne savent pas l’utiliser à bon escient ». Ben oui, qu’elles sont connes ces compagnies, incapables d’utiliser Excel ! Par contre, on ne doute pas que dans l’équipe dirigeante du Off, ce fichier tourne, entre eux… Ah oui, mais eux ils savent utiliser Excel !

COMPAGNIES DU OFF : EXIGEZ LE FICHIER COMPLET !!! N’oubliez pas qu’il vous est essentiel et qu’il existe grâce à vous : REVEILLEZ-VOUS NOM DE D’LA !!! Et d’ailleurs, savez-vous que vous êtes liées, par contrat, à une clause d’exclusivité avec AF&C vous interdisant d’avoir recours à d’autres prestataires ? Non, vous ne le saviez probablement pas ! Petit rappel de cette clause, par copié-collé depuis le site du Off :

« (…) C’est enfin pour respecter cette règle de l’égalité que lors de notre Assemblée Générale du 26 septembre, sous l’impulsion forte des compagnies, des théâtres et du public AVIGNON FESTIVAL & COMPAGNIES, association collégiale et paritaire, a pris la décision importante de doter tous les contrats liant les compagnies, les théâtres et AF&C d’une clause d’exclusivité, que nous qualifions de pacte de solidarité. Le respect de cette clause nous évitera d’être la proie des commerçants, elle favorisera un festival qui ne soit pas l’enjeu d’une sorte de concurrence stérile, elle évitera encore la guerre de chacun contre chacun, elle nous permettra enfin de nous engager indéfectiblement les uns avec les autres et de sceller un pacte de chacun à chacun, qui nous préserve toutes et tous. ».

Ceux qui ne connaissaient pas cette clause doivent en rester coi, tant c’est du « foutage de gueule », mais tout cela est bien connu : quand on est dépendant, on accepte tout ! On accepte de s’endetter, de payer tout très cher, de ne pas être payé pour son travail, de ne pas bénéficier des services essentiels, d’être pieds et poings liés à une structure, de se faire insulter (restons polis…), de voir le fric généré par son travail partir en fumée (village du Off : 100.000 €, web télé : 80.000 €, parade de fin de festival : 15.000 €), de réaliser que le directeur du plus gros lieu du Off et co fondateur de l’association AF&C, en est maintenant chargé de mission sous rémunération…On arrête là, on va vomir. Et quand on apprend que l’organisation du Off demande des subventions, alors là, c’est fait, on a tout dégobillé ! Preuve en est de cette foutue dépendance, l’existence depuis 1999 d’une espèce de méthadone : le festival « Nous n’irons pas à Avignon » en région parisienne et qui se déroule fin juillet. C’est un fait, certaines compagnies ont décroché….de la dépendance avignonnaise !

Mimosa.

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Comments
4 Responses to “AVIGNON OFF : DE LA DEPENDANCE AVIGNONNAISE…”
  1. chraz dit :

    Le salon du spectacle (à peu près) vivant d’Avignon Off est une jungle où les gros bouffent les petits qui rêvent de devenir des gros. Comme l’évènement est à peu près aussi incontournable pour les troupes qui cherchent à avancer que les pompes à essence sur l’autoroute quand le réservoir est vide, les propriétaires de salles se gavent en vendant le carburant le plus cher possible. (Tucydide : « Tout homme tend à aller jusqu’au bout de son pouvoir. » Au 5ème siècle avant JC, déjà !). Après tout, on est dans un monde capitaliste, merde, et comme disait Coluche : « Il suffirait que personne ne l’achète pour que ça ne se vende pas ». Sentant l’odeur du fric facile, les boîtes de prod. en profitent pour venir y exposer leurs poulains médiatisés, afin que les téléspectateurs puissent venir constater en payant que faire cinq minutes supportables dans le poste, c’est moins évident que de remplir l’heure qui manque pour présenter un spectacle digne de ce nom. Mais bon, quand les fauteuils sont aussi confortables qu’un canapé…! Et en effet, personne n’oblige les compagnies à s’endetter pour louer 5000 euros des salles de 50 places pour 24 représentations d’une heure dix + quelques minutes de montage et de démontage en courant, ni les spectateurs à aller voir des merdes plutôt que des comédiens qui s’expriment vraiment, mais il faut bien le constater : ils le font !
    Quant à faire respecter la loi, qui voudrait qu’on déclare tout le monde, c’est une bonne idée. Comme ça, il ne restera plus que les grandes salles comme le Balcon et le Chien qui fume, et aussi le Paris, Le Capitole, le Palace et quelques marginaux, et on se rapprochera encore un peu plus du salon de l’agriculture !
    A moins de revenir à la vraie culture en ne gardant que le In, ce qui aurait en plus l’avantage de prolonger la politique de la mairie, qui vire un maximum de pauvres du centre en Juillet ?
    En fait, à la foire aux spectacles d’Avignon Off, le prix du stand pour présenter son produit est comme le plat de moules-frites de la place de l’Horloge : à volonté. Et le nombre de fois où on peut revenir, pareil ! On est tous comme le belge qui remets des sous dans le distributeur pour avoir un autre Coca et qui dit « Tant que je gagne, je joue ». Le salon du Off, c’est le surréalisme merveilleux enfin réalisé. C’est pour ça que je vais vite rappeler tous les professionnels qui sont venus me voir afin de jouer toute l’année pour pouvoir me repayer une salle l’année prochaine, comme tout le monde. Pour ma part, ce sera la treizième. Alors, vivement le salon du Off 2014 !

  2. Eloi dit :

    Vous avez parfaitement le droit de critiquer le festival, mais méfiez-vous de l’outrance et des généralités. Les comédiens que j’ai employés ont tous été rémunérés selon la convention collective du Syndeac (répétitions comprises), et je sais que c’est le cas d’un certain nombre d’autres compagnies. Par ailleurs, j’ai travaillé sous contrat de coréalisation, sans aucun dessous de table ou minimum garanti. Il se fait que c’est chez quelqu’un que vous n’aimez pas, mais vous devriez avoir l’élégance de l’admettre. Il est sain de remettre en question le fonctionnement d’AF&C, mais vos articles sont souvent excessifs, voire haineux. C’est dommage, car cela dévalorise l’ensemble de vos propos et critiques.
    Armand Eloi, metteur en scène

    • Détrompez-vous, nulle haine, juste un constat factuel, point. Si cela vous semble répétitif, c’est que malheureusement chaque année apporte matière à réitérer nos critiques, soit chaque fois la répétition des mêmes mauvais travers et bévues de l’association AF&C, des mêmes propos méprisants et mégalos de son président, non seulement envers tous ses contradicteurs, mais également à l’endroit d’une ministre, de deux anciens directeurs du In… Bref tout ce qui ne pense pas comme lui et fait de l’ombre à ses pauvres ambitions… Nous ne faisons que réfléchir ce que pense de lui et lui reproche la très grande majorité des professionnels du Off. c’est tout.

  3. Davenio dit :

    Alors là, voilà, là je suis tellement d’accord avec vous!