AVIGNON OFF : « L’AUTRE CHEMIN DES DAMES » A L’ESPACE ROSEAU

LE BRUIT DU OFF / 16 juillet

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AVIGNON OFF : « L’autre chemin des dames » à l’Espace Roseau jusqu’au 26 juillet à 10h55.

En cette année anniversaire, cette pièce donne une vision assez inhabituelle du quotidien des Français et surtout des françaises, dans la France rurale de la Grande Guerre. Le texte s’articule autour du roman de Marcelle Capy, journaliste et écrivain pacifiste : « Des hommes passèrent » (1930). Il décrit la vie de ces femmes dans une narration du quotidien sans excès de pathos, dans un style simple et émouvant, mais d’un réalisme cruel. Ce texte est ponctué par des lettres de poilus, lettres d’amour, de colère, de détresse, et des chansons pacifistes de l’époque.

Le départ à la guerre se fait avec enthousiasme dans une ferveur patriotique. Les femmes sont fières de leurs hommes qui partent pour quelques semaines, qui reviendront victorieux, couverts de gloire. Mais les bras manquent au village, les femmes se mettent au travail dans les champs, le blé n’attend pas et il faut survivre.

Les premiers communiqués annonçant la mort du fils, du mari, du père, arrivent avec étonnement. « Aucune ne pensait que la guerre, c’était de la mort. Car aucun ne l’avait dit ni pensé ». Les permissionnaires sont attendus avec impatience avec l’espoir de revivre quelques instants fugitifs du bonheur perdu. Mais hommes ont changé. Beaucoup se taisent. Certains racontent fièrement combien ils ont tué de prussiens, comment il faut mettre son pied sur un corps mourant pour retirer la baïonnette de la poitrine qu’on vient de transpercer. On ne respecte plus les morts, on ne respecte plus la vie.

Les femmes ont changé aussi. La peau fraîche et rosée des jeunes filles est devenue mate et calleuse, la bouche est parfois édentée. Les amours fragiles se défont. Les lettres se font rare et le fiancé pour lequel on tente de survivre ne viendra pas à la prochaine permission. Certains hommes reviennent enfin au village. L’un est aveugle, l’autre défiguré et truffé d’éclats d’obus. Au fur et à mesure La réalité prend corps, les consciences s’éveillent, le langage officiel est mis en doute.

Des prisonniers prussiens sont alors envoyés dans le village pour aider enfin ces femmes épuisées et meurtries par le labeur et le chagrin. Mais comment peut-on cohabiter ainsi avec l’ennemi, avec celui qui a peut-être tué son enfant, son mari ? Ces hommes sont travailleurs. Ils sont finalement « comme il faut », ni meilleurs ni pires que les hommes du village. La conscience s’affine, on doute des fondements de cette haine ancestrale attisée par un patriotisme malsain. La Madeline, abandonnée par son fiancé, prie pour que Hans ne soit plus son ennemi.

Le texte résonne comme un hymne à la réconciliation, à la compréhension de l’autre, à l’émancipation de ces femmes qui prennent conscience de l’inutilité et de l’absurdité de ce drame qui s’éternise et qui dévore leurs hommes.

Dans une mise en scène collective, classique et sobre, ce texte est servi par trois comédiennes accompagnées par un pianiste lors de séquences musicales et de chansons qui illustrent judicieusement le texte. Ces femmes, paysannes forcées, évoluent dans un champ de blés dorés sur fond bleu nuit dans des éléments de décor ocrés et une mise en lumière qui composent de beaux tableaux.
Ce spectacle pour tous publics, empreint d’humanisme, hors des clichés habituels de la Grande Guerre, nous fait découvrir un texte fort et émouvant et la vie quotidienne des ces femmes, héroïnes de l’ombre.

Jean-Louis Blanc

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