AVIGNON OFF : « LE REVIZOR » AU PETIT LOUVRE

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LEBRUITDUOFF.COM / 17 juillet 2014
AVIGNON OFF : Le Revizor de Nikolaï Gogol / Le petit Louvre (Templiers) du 4 au 27 juillet

Ecrite en 1836 dans la Russie tsariste, cette comédie grinçante de Gogol est prémonitoire et se révèle étonnamment actuelle
.
Un gouverneur de province et ses conseillers sont terrorisés par l’annonce de la venue d’un inspecteur général de la Capitale, Saint-Pétersbourg. Il faut dire qu’ils ont beaucoup de choses à se reprocher… la corruption et l’oppression du peuple ne sont pas les moindres. On pense avoir identifié ce « Revizor ». C’est un dandy ambitieux qui vit aux crochets de la société, un filou rusé avide de plaisirs faciles. Le gouverneur s’efforce de le mettre dans sa poche avec une obséquiosité soumise mêlée de crainte, il faut lécher les bottes, se faire mousser et, surtout, se montrer généreux, l’argent résout bien des problèmes… Le pseudo-Revizor a vite fait de comprendre la situation pour en tirer profit. Mythomane complet, il se fait passer pour une personnalité influente de la Capitale et promet monts et merveilles, y compris d’épouser la fille du gouverneur. Pris d’une folle ambition bourgeoise le père et la fille se voient déjà dans le gotha de la Capitale, dans le monde des puissants, ce qui leur permettra de profiter et d’oppresser toujours plus.

Le détournement d’une lettre remet les pendules à l’heure et les rêves se brisent comme le pot au lait de Perrette. La pièce se termine par l’arrivée du vrai Revizor qui convoque le gouverneur, déconfit et terrorisé. La morale est sauve…

On trouve dans cette pièce la plupart des tares de la société contemporaine et certaines scènes rappellent étrangement, sous l’art de la caricature, des affaires actuelles ou des situations vécues.

Un conseiller du gouverneur, avide de reconnaissance, implore le Revizor pour qu’on parle de lui en haut lieu. Un autre, délateur, cherche à plaire par ses cafardages et vilipende ses collègues. Ces hommes sont prêts à tout pour plaire et en tirer profit, leur libre arbitre s’efface sous cette puissante autorité. On imagine la suite avec ce triste leitmotiv : « je n’ai fait qu’obéir aux ordres… ». Comment ne pas penser entre autres à la vie de l’entreprise, au monde du travail d’aujourd’hui ?

Le gouverneur est un bigot hypocrite, corrompu et rusé qui camoufle ses magouilles avec un culot éhonté. Comment ne pas penser à certaines affaires du moment ? A la malignité et à l’insolente mauvaise foi de certains politiques ?
Le gouverneur et sa fille, dans une scène épique, rêvent de richesses, de notoriété, de pouvoir, de sortir de leur province pour briller dans la Capitale. Comment ne pas penser à l’ambition opportuniste, décomplexée et « bling-bling » de la bourgeoisie de notre début de siècle ?

La pièce présentée ici est une adaptation de la pièce de Gogol réduite à six personnages. Elle reste riche de sens, cohérente et homogène. Le décor est original. Une fenêtre oblique laisse entrer une lueur lunaire et fait apparaître des décors en ombres chinoises. Le bureau est bancal, les chaises de guingois, sans doute à l’image du monde qui nous entoure.

La mise en scène est soutenue et fluide. Les acteurs, tous excellents, jouent juste, dans un jeu caricatural mais mesuré. Ronan Rivière, adaptateur et metteur en scène avec Aymeline Alix, interprète également un Revizor époustouflant dans des dialogues désopilants avec Jean-Benoît Terral, un gouverneur malin et retors qui nous fait vivre ses angoisses et son ambition.

Le spectacle est soutenu de bout en bout par un accompagnement musical au piano qui, comme au cinéma muet, souligne avec pertinence les ambiances, les situations, les traits de caractère des personnages.

Ce Revizor, produit par le Collectif VdP et créé à Avignon à l’occasion de ce Festival, est l’une des bonnes surprises du Off à découvrir et à savourer avec plaisir.

Jean-Louis Blanc

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