AU THEÂTRE DES HALLES : « LILITH », FIGURE D’UN THEÂTRE IDEOLOGIQUE

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AVIGNON OFF : « Lilith » / théâtre des halles/ du 5 au 27 juillet/ Conception Julie Recoing.

Féminité, place du féminin dans la société, liberté, pouvoir, rapport à l’amour, au sexe et au père… Un vaste programme…

A la lisière de l’émergence du sentiment chrétien de culpabilité, Lilith personnage biblique, apparaît sur le proscenium et salue la file ordonnée des spectateurs. Un peu comme dans Chambre 20 de Sophie Calle, l’impression d’une invitation à partager une « intimité », cette fois très hiérarchisée, domine.

Sur le plateau, assis sur des cubes colorés, deux musiciens, statufiés, égrainent leurs notes. Cette place assignée, signifiante, est à retenir : cela n’évoluera tout simplement pas de tout le spectacle. Dès lors, le texte s’épuise de lui-même, un texte qui traite de la domination…

Les yeux, la pensée, ne peuvent être si oublieux devant cette surenchère de représentation des mécanismes caractéristiques de l’aliénation contemporaine. En témoigne ces deux jeunes gens, chemise ouverte, qui excellent sans mot dire à être transparents, et à véhiculer ainsi, peut-être même à leur insu -ne connaissant leur pensée critique- les mots-miroir d’un féminisme acharné à reproduire les affronts -subis et intériorisés-, ceux-même conspués par le texte d’Hélis Tillette.

Hélas, la pierre d’achoppement de ce pensum, reste la capacité qu’a Lilith de faire cohabiter l’élément féminin et masculin, ou tout du moins de présenter des horizons partageables. Ce faisant, la comédienne force un monologue de plomb, séparant des éléments de pensée pourtant liés étroitement, oubliant que la philosophie dont elle s’inspire, a contrario, appelle de tous ses vœux à la réconciliation féconde. Un contre-sens, donc. Son personnage persiste dans l’obscurantisme, dans cette figure archétypale religieuse qu’elle incarne. Mais pas de crainte à avoir, cette pièce ne produira point les éclats d’extrémistes religieux, prompts à déployer leurs bannières et slogans dégénérescents. Au contraire, elle devrait même les réjouir.

On est là très loin d’un « théâtre de la déflagration », ayant le désir de mettre à jour la fonction critique de l’œuvre d’art, du théâtre. Au contraire, à fleur de ce texte par instant chantonné, par d’autres martelé, s’agrège le terreau toujours fertile de l’idéologie, passant en fraude des sentiments de rejet et d’exclusion.

Un sentiment bel et bien omniprésent, lié au dispositif et à la parole irriguant cette pièce sournoisement, peut-être de manière inconsciente. N’empêche. L’actrice et toute la pièce tombent, avec cette économie de dialogue, dans l’écueil d’un théâtre élaboré par soi et pour soi, sans se soucier du public. Un « entre-soi » infertile. Dommage.

Quentin Margne

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