« QUAND J’ETAIS CHARLES », AU GIRASOLE : GARANGER, LE NIETZSCHEEN D’ARMENIE

charles

AVIGNON OFF : « Quand J’étais Charles » : Texte et Mise en scène de Fabrice Melquiot / CDR de Vire / Avec Vincent Garanger / Le Girasole jusqu’au 27 juillet.

Il y a deux ans le Centre Dramatique Régional de Vire présentait « En Travaux » de Pauline Sales, codirectrice du lieu. Ce fut un de nos coups de cœur. Cette année, le spectacle a connu une très belle tournée avec près de 70 villes visitées. Espérons qu’il en sera de même pour le spectacle de l’autre codirecteur Vincent Garanger. Car cette fois encore ce sera un de nos coups de cœur !

Le texte de Fabrice Melquiot raconte un instantané de la vie de Charles, grand fan de Charles (Aznavour). Le petit Charles (qui se révélera une grande âme) est un passionné devant l’éternel du Grand Charles (qui est très petit comme tout le monde le sait). Sa passion le pousse, avec sa femme et ses potes, à arpenter le karaoké de l’Attitude Club (qui organise aussi des Soirées Infirmières), le meilleur karaoké de toute la Nièvre. Outre Charles Aznavourian et les Karaokés, Charles admire sa femme, la première de ses trois passions. Et il vend des moiss’-bat’ aux agriculteurs de la région.

A travers une suite de monologues divers et variés (soliloques, unilogues, apartés, tirades) qui évitent au spectacle d’être monotone, le duo Melquiot-Garanger donne vie à toute une série de personnages façon Raquel du samedi ou Robert Bidochon, touchants et drôles car croqués avec amour et intelligence. La musique, la scénographie et les masques frictionnent le spectacle à l’étrange afin de l’emporter ailleurs, de le sortir d’un réalisme crasse qui amoindrirait le propos. Car il est universel, Charles.

Charles, c’est l’Homme, en toute simplicité. C’est la bêtise, l’aveuglement, la balourdise de tous les hommes. La ringardise aussi. Il y a des gens qui habitent en région, Charles, lui, habite en province, pour l’éternité. Ce qui fait de ce texte un grand spectacle, c’est que Melquiot aime les ringards, profondément, éperdument. Grâce à cet amour, qui transpire par tous les pores de la pièce, on évite le regard bourgeois et condescendant. Garanger n’est jamais juge, encore moins avocat ni victime dans le grand procès de la France du samedi soir, de la France qui compte son passé en années-bonheurs et regarde son futur en crise gris-souris.

Vincent Garanger dresse toute une galerie de portraits dont on s’éprend car il réussit magistralement à faire vivre tous ces personnages. Ils ne sont pas là, mais on les voit tous, Évelyne, Jean-Louis et les autres. D’une inflexion, d’un geste, d’une posture tout devient claire, y compris dans le dialogue où il fait tous les personnages.

Ce duo-là réussit un spectacle qui perce l’homme à vif, qui touche juste dans la boue du cœur des mecs. En sortant de là, on se dit que Maryse est courageuse, que Zabou est sympathique, que Charles est humain. Humain trop humain. Non. Pas trop. Très. Tellement humain.

Bruno Paternot

Un reportage de France 3 sur le spectacle :

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