« A L’APPROCHE DU POINT B », LA Cie LA LANTERNE A LA MANUFACTURE

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AVIGNON OFF : « A l’approche du point B » Cie La Lanterne / Jusqu’au 26 Juillet à la Manufacture

Dans un décor magnifique, très bien conçu puisqu’il crée trois espaces distincts sur trois plans différents, la scénographe Alice Garnier Jacob nous transporte dans une maison de province aux murs raclés par le temps. L’univers se crée aussi par les lumières fines et engagées de Vincent Loubière, qui assume des propositions aux choix tranchés, et apporte une réelle part de poésie au spectacle.

A l’approche du point B est un imagier, qui rassemble les 14 dernières pages de la vie d’un vieil homme : la vie va d’un point A à un point B, et nous voici tout près de ce dernier. Tout comme le titre, tout le spectacle est d’une jolie tendresse très esthétique. Ça sent la lavande et le verbe d’antan, ça bruisse de baisers claqués, de marioles et d’éponges naturelles. Au milieu de cette douceur, dont on a ôté les miroirs afin de ne garder des ravages du temps que l’accalmie après l’orage, trône, blanc et majestueux, un lit médicalisé d’une modernité toute pimpante. S’y coucher c’est mourir, s’y coucher c’est renoncer, s’y coucher c’est se retrouver face aux ombres de la mort.

Le spectacle appelle à de grands pairs. On pense à Tadeusz Kantor, à Roméo Castellucci, à Jérôme Deschamps aussi ! Un peu comme si Yolande Moreau jouait Sur le concept du visage du fils de Dieu… On ne peut que saluer l’ambition et la qualité des mentors de cette vaste entreprise.

Si l’ambiance est très réussie, l’accroche du point B reste ce choix étonnant d’une distribution très jeune, très belle, très séductrice pour incarner la vieillure dans toute sa souffrance et son pathétique. Ce choix, doublé d’une envie de réalisme (les costumes, le fond de scène, les dialogues…) place le curseur de la théâtralité à un endroit étrange qui n’est pas réellement assumé. Outre le fait qu’on se demande s’il est possible de montrer la décrépitude dans la séduction, le choix du parti pris devrait être beaucoup plus engagé et ne pas se transformer, quant au jeu des comédiens, comme c’est un peu trop le cas ici, en imitation des vieillards. Ils font « comme si » bien plus qu’ils ne trouvent la substantifique moelle de la vieillesse.

Dans la danse, Vincent Clavaguerra, au plus fort de sa beauté et de sa puissance, hésite souvent entre geste minimaliste et grande envolées refoulées. Accentuer le défi, pousser plus loin, plus haut, plus fort les choix apporterait au spectacle une plus belle clarté au service du propos. Il en sera de même pour le texte, beaucoup trop loquace pour imposer force et poésie et pas assez bavard pour raconter la réalité de cette vieille qui cause pour ne pas entendre la pendule qui dit « je vous attends ».

Pour leur second passage en Avignon, on remarquera malgré tout le formidable chemin parcouru par la compagnie de la Lanterne qui aujourd’hui se donne les moyens de ses rêves et de ses ambitions. Une équipe à suivre lors de sa prochaine venue.

Bruno Paternot

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Photos copyright Cie La Lanterne

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