MARCHE, Cie SERGE BARBUSCIA, COUR DU MUSEE ANGLADON

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LEBRUITDUOFF.COM – 03 juillet 2015

AVANT-PREMIERE : MARCHE : Cie Serge Barbuscia / D’après le texte de Christian Petr – Mise en scène : Serge Barbuscia – Composition musicale : Dominique Lièvre / Avec Camille Carraz, Aïni Iften, Gilbert Laumord, Fabrice Lebert, Serge Barbuscia / Cour du Musée Angladon, du 4 au 26 juillet à 19h. (relâches les 7, 14, 21).

Serge Barbuscia présente une création sensible et originale, qui s’offre comme un long poème à plusieurs voix, sur un sujet qui nous concerne tous, servi par des comédiens impliqués.

Fondé sur une rencontre vécue par l’auteur Christian Petr, ce beau texte engagé nous relie à ces hommes sans voix, ces oubliés de la rue qui à leur manière, silencieuse et retenue, expriment toute l’indifférence du monde à leur égard, ce monde très brutal hanté par la « raison » capitalistique, le temps effréné, et l’absence délibérée de poésie et d’humanité qui caractérisent si bien notre société contemporaine.

Face à ce désert d’empathie et de fraternité, il y a ces hommes qui marchent, inlassablement, ces hommes debout malgré tout qui continuent de dire leur incompréhension devant l’inhumanité de leurs frères humains. Ils marchent, pour à leur façon, poétique, désintéressée, exprimer toute la férocité de leur temps, l’incapacité de leurs semblables à les écouter et à les voir. Ils marchent, « de Forest Gump à Jérôme Kerviel, de « l’homme qui marche » de Giacometti à tous les « Charlie » de ces temps derniers, ils marchent… » Jusqu’à plus soif.

Le « héros » de Barbuscia « ici n’a plus de but, plus de sens, plus d’existence presque. Il n’a presque plus de corps, de colère, d’émotion, de voix ». Mais il marche, il résiste. il vit.

Servi par une belle mise en scène circulaire, ce théâtre de tréteaux « à l’ancienne » est l’écrin parfait pour le partage et la perméabilité de ce beau poème désenchanté. Les comédiens ont le mot juste, l’émotion intacte. Ils marchent, eux aussi. De même, la musique originale, très contemporaine, sensuelle et poétique, du compositeur Dominique Lièvre accompagne magnifiquement ces voix multiples qui attendent la nuit.

Cette pièce a été créée en partenariat avec Emmaüs et ses diverses communautés, et donnée en avant-première chez eux, chez ces frères en humanité qui l’ont accueillie avec beaucoup de bonheur et d’émotion, car elle parle d’eux, sans pathos ni facilités. Elle dit le bel engagement de leur vie et les parcours ébréchés de leurs êtres.

Jouée en plein air, avant le coucher du soleil, « Marche » est une ôde lumineuse à notre part d’ombre, un moment de sérénité habitée et fraternelle.

Marc Roudier

Photo Delphine Michelangeli / journal Zibeline

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