« TOMBOUCTOU DEJA-VU », DE L’USAGE IMMODERE DE LA REPETITION…

tombouctou

FESTIVAL D’AVIGNON : Tombouctou déjà-vu / Du 4 au 8 juillet 2015 à 18h / Théâtre Benoît XII/ 69 ème édition du festival d’Avignon/ Le Phare/ Conception et scénographie : Emmanuelle Vo-Dinh

Avec Tombouctou déjà-vu, c’est la scénographie qui nous immerge en plein centre d’une chorégraphie où la fabrique d’images occupe une place cruciale. Au sol (attachées) de grandes bandes blanches géométriques, elles dessinent la zone de jeu, les murs quant à eux sont totalement noirs. Comme dans Dogville, de Lars Von Trier, la question de l’autonomie et d’une communauté libre, plurielle, habite l’espace, avec en suspend cette question comment transformer le désespoir en puissance de vie ?

Cet espace de liberté, de culbute des forces s’inaugure par un repas, une scène de fabrique de saintes images. La lumière est similaire dans ce premier temps aux nuances jaunes auréolant Le Christ au Roseau de Reni. Les mouvements des danseurs sont circulaires. Ils entrelacent et se nouent, les uns aux autres comme par magie portés par l’élan d’une vague aérienne sensuel. En raison de sa sinuosité, l’énergie et la grâce qu’elle libère de toute part, cette vague emporte le regard et l’imaginaire.

Puis vient la narration, elle est semi-tragique, elle est véhiculée par un micro sur pied et une actrice. L’histoire tente de nous balader tout en douceur à l’intérieur d’une forêt, un peu familière et un peu inquiétante à la fois. Cette forêt est issue d’un conte des origines, des toutes premières fois, quand la matière devient feu, eau, élément naturel. La table de mixage est visible, le bruiteur donne des vibrations en lien direct avec la nature. Les feuilles bruissent et l’eau ruisselle sur scène et donc dans la tête. L’univers est végétatif, il fait apparaître mentalement des rochers, au milieu des aventures mystérieuses et inquiétantes de la vie à plusieurs. Dans ce cocon, les danseurs évoluent calmement presque sur le mode de l’écoulement, de l’abrutissement simple. La psyché flirte subtilement avec l’abstraction. Mais, de l’abstraction à l’hermétisme, il n’existe qu’un pas, un pas bel et bien franchi par la chorégraphie prise au piège par le désespoir d’un geste absolu, parfait, technocratique, mais qui finit, par être vidé de son sens. C’est alors que beaucoup d’interférences langagières interviennent, perturbant la fluidité des déplacements et la narration tourne en rond. La vie éthérée et volatile des danseurs meurt en codes déjà fixés.

Heureusement, la dernière partie vient sauver l’aspect boule à neige en plastique laissée par cette scène d’enchevêtrement. Tout recommence à bouger à la fin, et les murs à vibrer aussi, poussés par d’impressionnants sons électroniques. Les danseurs reviennent à une sensualité tout en tremblements, en deçà et matérialisent parfaitement, juste avant le fin l’idée de vide, d’inconnu, d’abandon livrée au monde et à la scène telle une offrande à la vie.

Quentin Margne

Article publié en partenariat avec INFERNO MAGAZINE

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Comments
One Response to “« TOMBOUCTOU DEJA-VU », DE L’USAGE IMMODERE DE LA REPETITION…”
  1. Cré nom de nom ! rien qu’à vous lire je sent que je me serais mis à ronfler d’ennuis ! merci à vous cela me permet de faire mon choix sur mes futures sorties ! dites moi , c’est encore un Festival de théâtre Populaire ? d’un seul coup ai eu un doute ! …..rassurez vous je blague !