INTERVIEW : SERGE BARBUSCIA, THEÂTRE DU BALCON

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LEBRUITDUOFF.COM – 7 juillet 2016

INTERVIEW : SERGE BARBUSCIA, Théâtre du Balcon.

Le théâtre du Balcon, scène permanente et institution avignonnaise depuis 35 ans, créée et bâtie (au premier sens du terme !) par Serge Barbuscia, s’agrandit ! Cette fois, il a délégué les travaux… mais le résultat n’en est pas moins époustouflant pour la création de cette salle de répétition au dernier étage du lieu. Ce passionné aime les artistes, et sait donc les accueillir en leur offrant un espace de travail à la hauteur de leurs futures créations et de sa propre imagination. Car cette salle, cela fait dix ans qu’il la rêve, la pense, la sculpte pour aboutir à un écrin architectural à destination de la création !

Est-ce un nouveau Balcon ou une nouvelle étape ?
Serge Barbuscia : Ce n’est pas un nouveau Balcon mais la suite logique. J’ai une ligne, j’y vais doucement mais je sais où je vais. J’ai rêvé de l’aménagement du grenier dès le départ. Non pas pour la création d’une deuxième salle, résistance oblige, mais pour la continuité et la pérennité du travail de la compagnie.

Nous continuons, par exemple, à jouer « J’ai soif » et à en modifier l’accompagnement musical : puisque de l’interprétation au piano, nous sommes passés au format quatuor à cordes, puis pour ce Off 2016 à la Cathédrale des Doms, à deux orgues (un de cœur, l’autre de salle). Et c’est toute l’Italie qui va résonner ! « La souffrance du Christ » continue à parler au monde croyant et non-croyant. Je me demande comment rester dans un aspect universel en étant dans un lieu aussi charger. Et puis cela s’est fait simplement, le chanoine était ravi d’avoir une parole différente qui n’est finalement pas fermée : toutes les questions de l’homme sont là. Dans la barbarie que nous risquons de connaître, ce sentiment très fort d’amour est nécessaire.

L’amour a d’ailleurs toujours été au centre de votre travail !
Le mot Amour est très important, la pensée Amour est fondamentale. Il se retrouve dans d’anciennes créations de la compagnie comme Wagon ou Marche ! Et ce fut, à chaque fois, une aventure humaine très forte ! Il se retrouve également dans le travail des compagnies que j’accueille, comme « J’ai hâte d’aimer » ou le texte de Suzanne Césaire (tiré de la « Revue Tropique ») mis en scène par Hassane Kouyate, hymne à la femme et à la poésie.

Que pensez-vous de la programmation du Festival d’Avignon !
Plutôt alléchante ! Je trouve l’invitation d’artistes syriens intéressante dans le contexte actuel. Le retour de la Comédie Française est également de bon augure. J’aime la démarche d’Olivier Py, il apporte une parole, une énergie. S’opère également un retour aux textes depuis son arrivée. Et tout le monde connaît la difficulté et la complexité à mener ce Festival d’Avignon, le plus prestigieux qui soit !

Enfin un artiste à la tête du Festival me diriez-vous ?
Oui, j’ai toujours été favorable à cette idée. Je reste sensible aux éditoriaux qu’il écrit, c’est un auteur véritable. Je n’ai malheureusement que peu d’espace pour voir la programmation du Festival mais depuis que Py est à la direction, j’y retourne, c’est vrai.
Le Festival risque cependant d’être difficile tant par les traumatismes encore présents liés aux attentats que par l’instauration des relâches. Cela fait cinquante ans que le Festival se vit telle une Transatlantique. Il faudrait faire attention à cette magie, qui, si elle est fractionnée, sera fragilisée. C’est une rupture de l’énergie, ça ne correspond pas à notre réalité. Et pourtant, au Balcon, nous n’aurons autre choix que de suivre la loi.

Plus globalement, comment ressentez/percevez-vous le OFF ?
La surenchère de salles et de créneaux est difficile : elle répond forcément à un besoin mais aboutit finalement à l’entretien d’une certaine commercialisation d’OFF. Je ne m’y sens pas en adéquation. Le plus important est qu’il appartienne aux compagnies. Il est le passage obligé pour faire connaître son travail. Je pourrais essayer de créer ailleurs mais il me semble l’endroit privilégié pour montrer son travail !

Que pensez-vous de la problématique rencontrée par les Scènes d’Avignon et des baisses de subventions qui vont avec ?
Nous sommes un peu en difficulté avec la ville. Il y avait une réalité économique mais, aujourd’hui j’entends parler de choix, ce qui m’angoisse un peu. Ces choix montrent qu’il y a une méconnaissance des richesses installées depuis longtemps sur Avignon et je ne parle pas que du théâtre ! Une paupérisation de la vie culturelle, de la vie, s’installe. J’adore les quartiers et comprends la démarche, mais pas à défaut d’une paupérisation de l’Intra-Muros. Je veux garder le dialogue… La méthode paraît sombre, c’est surtout sur ce terrain que la colère est sourde et dangereuse.

Propos recueillis par Audrey Scotto

Focus : « Pompiers », création 2016.
Ce texte, Serge Barbuscia l’avait même repéré quelques années auparavant. Un coup de mistral plus tard, le texte « Pompiers » se retrouve sous ses yeux et c’est bien naturellement, qu’il décide de l’accompagner pour propager le feu au sein de son théâtre. Car cette pièce de Jean-Benoît Patricot, tirée d’un fait divers, fera indéniablement passer le spectateur du feu à la glace !
Imaginez un homme, qui, pour un très grand nombre d’entre nous est élevé au rang de sauveur, user de son uniforme pour abuser sexuellement d’une handicapée (amoureuse) et qu’il prêtera aisément à ses collègues de la caserne… Le jugement, orchestré par des hommes, donne raison… aux pompiers.
La volonté de Serge Barbuscia fut de « travailler la profondeur de ces êtres pour comprendre comment ils ont pu en arriver à une telle situation, de partir d’une histoire d’amour ». Ce sujet abject hisse la jeune fille, tel un diamant, au-delà des flammes de l’enfer.

A. S.

Pompiers – ms Serge Barbuscia, avec William Mesguish et Camille Carraz  – 6-30 juillet 17h00

Photo Gilbert Scotti

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