INTERVIEW : A & A MANGE, THEÂTRE ARTEPHILE

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LEBRUITDUOFF.COM – 7 juillet 2016

INTERVIEW : A & A MANGE, THEÂTRE ARTEPHILE

Il est encore possible d’inventer dans la cité papale, preuve en est avec la structure Artéphile. Si l’arrivée en terres avignonnaises, d’Anne et Alexandre Mange a été pour le moins théâtrale, tant les embûches ont été nombreuses, force est de reconnaître que la volonté de voir aboutir un projet né il y a 20 ans aura été décisive. Artéphile, après des mois de colossaux travaux, ouvre ses portes en juin 2015 et la surprise est au rendez-vous. Ce lieu de tous les arts s’appuie sur des conditions financières d’accueil à faire rougir une structure publique. Quant aux équipements haut de gamme, ils offrent aux équipes artistiques un outil de travail aux petits o(i)gnons ! L’expression « potagère » n’est pas gratuite, Artéphile ressemble de près à un jardin dont la terre, support de créations, aura été longuement travaillée. Rencontre avec ce couple de jardiniers qui a bien l’intention de démontrer qu’un autre modèle de production artistique est possible et que d’autres publics sont en attente.

Anne, Alexandre, quel parcours vous a menés à cette aventure un peu folle ?
Anne Mange : J’ai, assez tôt, choisi une formation en arts plastiques qui m’a, entre autres, conduit à l’opéra Bastille en tant qu’intermittente. J’ai par la suite été repérée par une grande entreprise de création joaillière sans jamais m’éloigner du monde des arts. N’aimant pas les pince-fesses et sans réseau, je savais que le chemin serait long…
Alexandre Mange : j’ai assuré une carrière plutôt longue dans le contrôle de gestion. Cela ne paraît pas très sexy mais figurez-vous que ce métier demande une grande créativité, et oui ! À la fin d’un de mes contrats en Suisse, le retour à Paris était impossible. Notre changement de vie, c’était… maintenant. Le choix d’Avignon a été purement hasardeux aussi curieux que cela puisse paraître.

Alors, qu’est-ce donc qu’Artéphile ?
Lui : une structure artistique pluridisciplinaire permanente, privée et résolument ouverte vers le milieu de l’entreprise, dans le sens d’un rapprochement qui nous semble essentiel. Le monde artistique et le monde économique ne sont, a priori, pas fait pour s’entendre. On entend bien et humblement démontrer le contraire. Cela passera d’ailleurs par une activité de formation que nous sommes en train de développer notamment avec un coach en management.
Elle : les synergies entre ces deux mondes existent et je ne vois pas en quoi des populations par exemple ouvrières et dites éloignées du monde artistique n’auraient pas une sensibilité artistique. Un des principes fondateurs est bien de ne jamais faire d’Artéphile un sanctuaire culturel.

Le modèle économique est assez novateur, en tout cas totalement privé !
Elle : à un moment il faut prendre les choses en main. Cela fait 20 ans que l’on pense à ce type d’outils, il est donc parfaitement réfléchi et cohérent. Du reste, les équipes artistiques avec lesquelles nous travaillons se retrouvent sur un certain nombre de valeurs humaines, c’est aussi cela qui constitue Artéphile et cela participe, à terme, l’équilibre du modèle économique. Il faut bien le dire, tous les milieux sont rudes, très rudes et Artéphile, c’est un peu ma dernière tentative pour ne pas devenir misanthrope !
Lui : il nous faut raisonnablement attendre encore 4 ou 5 ans pour tirer un vrai bilan. De fait, les droits d’auteur d’Anne sont encore nécessaires pour assurer la viabilité d’Artéphile mais nous sommes toujours dans nos prévisions. C’est plutôt bon signe et quoi qu’il en soit, quoi que cela devienne, nous l’aurons tenté !

Qu’en est-il de cette programmation pour le Off 2016 ?
Lui : La seconde salle (plus petite NDLR) ouvre pour ce Off 2016 et
est destinée au jeune public. Pour ce qui est de la grande salle, nous avons beaucoup travaillé avec la Ferme de Bel Ébat, théâtre de Guyancourt, et particulièrement son directeur Yoann Lavabre et Richard Le Normand, le responsable des relations publiques qui est un ami. Nous nous sommes retrouvés autour de la même idée de théâtre. Nous le voulons contemporain, il faut qu’il secoue, qu’il bouscule. Cela reste la ligne de notre programmation.
Elle : il est vrai que la Ferme de Bel Ebat soutient beaucoup de compagnies et la coopération avec cette structure offre une ouverture avignonnaise à ces mêmes compagnies. Pour opérer notre choix, nous n’avons pas tout vu puisque nous privilégions la création (6 sur 8 spectacles retenus NDLR), par contre nous avons tout lu, textes et notes d’intention. Nous nous immergeons totalement dans les écrits pour construire une programmation équilibrée, cohérente, fraîche et risquée aussi.

2 ans d’existence et déjà quelques grands noms tel Agnès Bourgeois pour une mise en scène !
Elle : Cela a été une belle surprise en effet à l’annonce de mise en scène qu’elle va donc assurer. Nous connaissons bien l’équipe artistique, elle fait partie de notre réseau et, au vu des relations tissées l’année dernière, revenir était une évidence pour eux, pour nous aussi d’ailleurs !
Lui : C’est toute l’histoire du cercle vertueux. Nous faisons tout pour apporter les meilleures conditions techniques et humaines à une équipe ; son travail ne peut qu’en être meilleur et l’amène naturellement à revenir avec un projet plus ample, plus profond, plus exigeant. C’est si compliqué que cela à comprendre ?

Propos recueillis par Vincent Marin

Photo : « King du Ring », à l’Artéphile 2016

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