AVIGNON OFF : « LA DERNIERE IDOLE », TRASH ET RADICALE

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LEBRUITDUOFF – 11 juillet 2016

AVIGNON OFF : La dernière idole, écriture, mise en scène et scénographie d’Hélène François et d’Emilie Vandenameele / Artéphile du 7 au 17 juillet à 22H40.

Les deux jeunes metteurs en scène Emilie Vandernameele et Hélène François, co-fondatrice du Groupe ACM présentent cette année au Off d’Avignon leur création La dernière idole jouée par Pierre-François Garel.

Inspirée de la vie de Johnny Halliday, La dernière idole exhibe une vedette vieillissante, qui lasse, abimée, se raconte une dernière fois. Ici, le monologue pose d’emblée la question de sa réception. Car la star s’adresse à elle-même, à ses fanatiques émerveillés, ou au public du théâtre de l’Artéphile. En alternant tour à tour confessions honteuses et révélations sensationnelles, la parole intime du personnage public est une mise en abyme subtile de la mise en scène.

Sur le plateau, une immense table drapée d’une nappe noire à la manière d’un suaire présente un aspect organique. Couverte de coupes de vins lourds et rouges comme du sang, de mets entamés, bruns, informes, écœurants, sorte de boyaux exposés aux yeux impudique des spectateurs, elle renvoie à l’exercice de sincérité de la star : celui de poser ses tripes sur la table, de tout montrer, sous toutes les coutures, ceci jusqu’à la nausée. Plus encore, elle rappelle, en filigrane, les peintures de « Vanités » et leurs messages tragiques : « mémento mori » (souviens-toi que tu vas mourir).

Dans ce cadre pictural et macabre, le chanteur interprété par Pierre-François Garel, évoque sa vie, ses amours, ses névroses. Il chuchote, crie, se hisse sur la table, fait un dernier tour de scène avant le noir final. Mais ce dernier repas est délibérément dénué d’apôtres et renvoie donc à la solitude ontologique de l’idole. Ici, les autres sont en effet absents : il laissent seulement des traces dans les souvenirs de la star ou sur les verres de vin ébréchés marqués de leurs lèvres. Ce ne sont que des restes. La fête est finie et laisse le chanteur, seul, profiter des dernières réjouissances.

Si son écriture frénétique manque parfois de corps, La dernière idole démonte, avec délice, les ressorts du spectacle. Trash, foret, radicale, la pièce dissèque les mécanismes de toute mise en scène et par là même, souligne sa nécessité vitale – tout comme Michel Leiris l’écrivait dans son autobiographie, L’âge d’homme : « Comment oserais-je me regarder si je ne portais pas soit un masque, soit des lunettes déformantes. Ma vie est plate, plate, plate. Mes yeux seuls y voient des cataclysmes ».

Lou Villand

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