« FLAMENCO POR UN POETA » : TUTOYER LES ANGES ET LE SANG BRÛLANT DES POETES

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LEBRUITDUOFF – 10 juillet 2016

FLAMENCO POR UN POETA – Cie Flamenco Vivo- Luis de La Carrasca – Chêne Noir – 6-30 juillet 21h.

Gracias ! Luis de la Carrasca rend un hommage appuyé au grand poète espagnol Antonio Machado. Comme ces dernières années, Luis a resseré son flamenco autour des fondamentaux, cette sève souveraine qui irrigue ce spectacle d’une puissance « jonda » nourrie de la plus haute poésie.

Antonio Machado est ce grand poète engagé dans le camp des Républicains lors de la guerre civile. En juillet 1936, Antionio Machado est à Madrid. Il se trouve du coup séparé à jamais de son frère, qui se trouvait en zone occupée par les troupes de Franco. Prenant clairement parti pour les Républicains, il écrit pour eux. À la chute de la République, vaincue par les nationalistes alliés aux nazis, Machado est obligé de fuir en France, où il s’installe épuisé et malade à Collioure. Il y meurt le 22 février 1939 et y est désormais enterré.

Ecoutons-le :
C’est à Grenade que le crime a eu lieu (A Federico Garcia Lorca)
I- Le Crime
On le vit marchant entre des fusils
Par une longue rue
Qui donnait sur la campagne froide
de l’aube, encore sous les étoiles.
Ils tuèrent Federico
Alors que pointait la lumière.
Le peloton de bourreaux
N’osa pas le regarder au visage.
Tous fermèrent les yeux ;
Ils prièrent…
Dieu lui-même ne te sauverait pas…
Federico tomba mort
– du sang sur le front,
du plomb dans les entrailles-
… C’est à Grenade que le crime eut lieu,
Vous savez – pauvre Grenade- dans sa Grenade !

Frère en esprit de Lorca, Machado a fait de sa vie de poète un combat permanent. C’est à ce grand Espagnol que Luis de La Carrasca a décidé de rendre hommage dans son nouveau spectacle. Tous les ingrédients d’un grand La Carrasca sont ici réunis au Chêne Noir : l’émotion, le duende, la très grande musicalité -mil gracias au maestro de la guitarra José-Luis Dominguez, au firmament de son art et de son inventivité- la superbe grâce et le zapateado tueur de ses deux magnifiques bailaores -Ana Perez, plus lumineuse et puissante que jamais et Kuky Santiago, bailaor d’entre les anges… Luis nous emmène dans un voyage émouvant au coeur du grand Art, celui des poètes de la fratrie des anges et celui du Flamenco, avec un grand F, du Flamenco comme pâte primordiale pétrie de mille douleurs comme de mille alegrias, depuis la nuit des temps.

Ce spectacle n’en est pas un, la verdad. C’est un poème magestueux, un coeur vivant qui se déploie dans la chair brûlée d’Andalousie, ce territoire béni des poètes et des fous, dont Luis est l’immense ambassadeur. C’est un poème ultime, une ode aux grands flamencos qui ont forgé de leur sang cet art immémorial auquel rien ne peut se comparer. C’est du flamenco pur, brûlant, infusé tel du plomb liquide dans les veines et le coeur, pour nous rappeler, pauvres errants affamés de poésie, frustrés de la chair palpipante de l’Art, qu’existent, sous le ciel et à nos pieds, mille raisons de s’émerveiller… et pleurer d’émotion.

Abel Martín

photo Bruno Vion

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