INVISIBLES PROVISOIRES, CHOREGRAPHIE DE PLANCHES ET POESIE DE COULISSES

invisibles

LEBRUITDUOFF – 20 juillet 2016

« Invisibles Provisoires » – Théâtre des Carmes, du 7 au 16 juillet à 16h15

Chorégraphie de planches et poésie de coulisses

Invisibles Provisoires se présente comme un « work in progress » (il n’en est rien : tout a été écrit à partir d’un travail au plateau), un véritable chantier – au propre comme au figuré – d’où va pulser des tableaux bruts reliés entre eux par une énergie sans limites. Sur le plateau, matériaux de construction, sable, cailloux, mais surtout planches de coffrage, palissades mobiles vont cohabiter avec un fauteuil voltaire, une brouette défoncée et un vieux poste de télé pour fournir les ingrédients dont vont se saisir une danseuse circassienne mue par une agilité combative, trois comédiens et une musicienne à l’unisson. De quoi donner le tournis… ce qui n’est en fait pas très surprenant vu le nom de la compagnie – « Vertiges parallèles » – qui se charge de tout !

Dans le noir du début, des ahanements montent crescendo avant qu’un claquement sec ne vienne les interrompre brutalement. Surgit une danseuse qui porte une immense planche. Elle va devenir sa partenaire, avec et contre laquelle elle accomplira un étrange ballet où attirances et évitements le disputent les uns aux autres. Le chantier se complètera ensuite des autres éléments de scénographie. Des mots surgiront : « aptitude à l’inexistence… insignifiance… à 18 ans je tendais vers le nul… je mourus dans ma propre indifférence… » faisant entendre un nihilisme désespéré teinté de dérision envers l’existence. D’autres au contraire seront porteurs d’une poésie rageuse.

De nombreux extraits empruntés à Joël Pommerat, Rodrigo Garcia, Jacques Rebotier, Jean-Pierre Burlet, Olivia Rosenthal – des auteurs qui, pour être différents, ont tous quelque chose à dire de fort sur le poids de la solitude humaine mais aussi sur son corollaire, l’obstination du désir de vivre envers et contre tout – seront dits pour étayer ce va-et-vient incessant de construction-déconstruction. Les lumières sombres éclaireront l’action d’un halo poétique fin de siècle ou début d’une autre ère (au choix).

Bâtisseurs d’un monde qui résiste à l’énergie qu’ils déploient, ils n’abdiqueront nullement et ne renonceront pas pour autant à se démener en tous sens sur un plateau transformé en chantier évolutif. Et si l’ensemble laisse voir un joyeux foutras – comme un chantier peut l’être – où le fil directeur se réduit à un concept (celui de la construction-déconstruction), la chorégraphie de la circassienne ne laisse aucunement de bois. Quant aux textes, leur choix pertinent aurait justifié amplement une diction à leur hauteur. Ce vrai faux work in progress semble donc – à plus d’un titre – marqué visiblement du sceau du « provisoire », comme si cette jeune compagnie pleine de dynamisme avait voulu se réserver une marge de progression à investir.

Yves Kafka

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