« LA VIE EN VRAC », TRAVERSEES ET BALLADES EN TERRES CONNUES ET INCONNUES

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LEBRUITDUOFF – 29 juillet 2016

« La Vie en vrac » – Théâtre Arto du 7 au 31 juillet à 22h15

Dans le petit Théâtre Arto, une grande découverte, de celles qui surprennent pour conduire vers un ailleurs de mots dont la petite musique distille bien longtemps en nous son subtil parfum d’émotions entêtantes. Après s’être coulés dans les répertoires de Barbara et Léo Ferré pour en extraire leurs compositions et interprétations marquées du sceau de leur personnalité, Annick Cisaruk au chant, accompagnée de son complice, l’accordéoniste David Venitucci, offre ici une ballade aussi originale qu’euphorisante.

Le fil de cette traversée en terres de poésie musicale, est fourni par la vie réelle et imaginée d’Annick Cisaruk, comédienne et chanteuse au parcours vagabond. Pour ce faire, elle s’est confiée au parolier du Cirque des Mirages, Yanowski, ancien étudiant en philosophie et grand « amateur » (au sens étymologique « d’aimer ») d’écrivains comme Edgar Poe ou encore l’écrivain poète argentin Jorge Luis Borges ; il partage avec elle la même passion pour Léo Ferré. Annick Cisaruk « s’est racontée » plus qu’elle ne lui a raconté sa vie dont les origines trouvent leurs traces quelque part en Ukraine et en Pologne. Il l’a écoutée attentivement, et de ses dits et non-dits il a créé pour elle ces beaux textes dont elle s’empare aujourd’hui avec une avidité sensuelle des plus contagieuses.

Chansons de désirs troublés (« les histoires d’amour finissent mal en général »…), errances fabuleuses où l’on tutoie les étoiles, histoires vraies mais aussi fantasmées se pressent sur scène pour recomposer la vie fabuleuse d’A .C. Comme dans un kaléidoscope géant, des fragments du discours amoureux s’assemblent pour dire que si la vie est un songe, seul le rêve peut nous rendre vivants. Des visages et des corps défilent, les siens mais aussi ceux de femmes fantasmées, tout ce « bestiaire » intime à résonnance humaine.

Elle avait quinze ans. Elle quittait la robe épaisse de sa mère et tournait longtemps dans la ville sans trouver où dormir… Les Bohémiens faisaient leur apparition, couverts de vêtements magnifiques et bariolés, autour du feu elle les rejoignait, frémissante, c’était une invitation au voyage que l’on lui interdisait… Elle sentait au creux de ses flancs bruire des frissons… Et là agrippée au printemps, du plus loin où ses souvenirs lui revenaient, elle rêvait de saisir la vie en vrac.

Mais les chansons ne parlent pas que d’elle mais aussi de cette vieille femme hantée par les réminiscences de ses amours perdues, de cette autre jeune femme qui aimait jouer avec le désir des hommes, ou encore de cette autre qui voudrait tant qu’on pose sur elle un regard aimant.

Au son des accords teintés de jazz de l’accordéon de David Venitucci, les mots s’envolent, retombent, se lovent, explosent, pour dire ce qui constitue le sel de la vie, l’énergie portée par le désir sans qui l’existence serait lettre morte.

Renouant avec le cabaret expressionniste du XIXème siècle, lieu des « pires accouplements artistiques », Annick Cisaruk revient sur sa détestation des accordéonistes (clin d’œil à son complice), pour le remercier chaleureusement de ses accompagnements. Elle adresse à distance à Yanowski, son compositeur de paroles et textes à qui elle doit l’écriture de ce beau moment. Quant à la sensualité de la voix aux accents pénétrants d’Annick Cisaruk et à l’énergie euphorisante qu’elle transmet, on pourrait dire sans emphase aucune qu’on est littéralement sous « le charme ». Au sens magique du terme.

Yves Kafka

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Comments
One Response to “« LA VIE EN VRAC », TRAVERSEES ET BALLADES EN TERRES CONNUES ET INCONNUES”
  1. C’est un des deux plus beaux spectacles vus cette année à Paris, et j’y retournerai volontiers en septembre puisqu’il est reprogrammé.

    Norbert Gabriel