AUX DOMS : « L’AVENIR DURE LONGTEMPS », DEMENCE D’UN PENSEUR

LEBRUITDUOFF.COM – 18 juillet 2017

AVIGNON OFF : « L’avenir dure longtemps » de Michel Bernard – Théâtre des Doms – du 6 au 26 Juillet 2017 – Relâches les 12 et 19 Juillet.

Démence d’un penseur

Angelo Bison, le comédien de cette pièce rentre sur scène par le côté puis face au spectateur, il nous raconte son histoire, celle de Louis Althusser. Entre deux rangées de gravillons beige sable, telles les allées d’un parc d’hôpital psychiatrique, il est tantôt debout, tantôt assis sur un banc, les cheveux mi-longs coiffés en arrière.

Louis Althusser est philosophe émérite et professeur de philosophie à l’école normale supérieure d’Ulm où il vit avec sa femme, Hélène Rytmann, sociologue. Il est très reconnu dans son domaine et véhicule des pensées Marxistes associées au structuralisme. Il connaît ses premiers troubles psychiatriques lorsqu’il est prisonnier de guerre en Allemagne en 1940.

Au petit matin du 16 Novembre 1980, lors d’une crise de démence, il étrangle sa femme sur leur lit. Il est reconnu coupable mais non responsable et est interné en hôpital psychiatrique. Il nous raconte leur rencontre si particulière, puis leur mise en ménage par défaut mais peut-être à dessein. Au fur et à mesure du récit, il égraine l’enfer lancinant qu’Hélène endure, les trahisons et séductions d’autres femmes qu’il lui présente afin d’obtenir son assentiment. Ils n’ont qu’un rapport sexuel dont Hélène tombe enceinte. Elle avorte lorsque Louis est interné en psychiatrie, de manière, dit-elle, à ce qu’elle puisse se consacrer entièrement à son époux. Sublime sacrifice comme preuve d’amour. Il revient sur sa relation à sa mère, castratrice, son père mort jeune, ses difficiles relations aux autres. Tout ce terreau qui mène l’être fragile à la folie. Il alterne les périodes d’isolement et une vie presque normale auprès d’Hélène.Louis Althusser écrira ce texte cinq années après le meurtre pour essayer de comprendre son geste.

Angelo Bison habite ce personnage, porte la folie dans son élocution, sa posture, son faciès. Petit à petit il se fait étrange, puis inquiétant et saisissant. De part sa magistrale interprétation, il fait planer l’effroi dans la salle, on est noué, effrayé. Une pièce qui révèle la fragile frontière qui nous sépare de la démence. L’autobiographie post-meurtre lui permettra-t-elle de trouver la paix intérieure ?

Annick et Emmanuel Bienassis

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