« LE 20 NOVEMBRE », DU LARS NOREN A LA MANUFACTURE

LEBRUITDUOFF.COM – 18 juillet 2017

« Le 20 Novembre » de Lars Norén, mis en scène par Lena Paugaum, avec Mathurin Voltz – Jusqu’au 18 juillet à 11h et 15h – La Manufacture

« Vêtu de noir, le visage masqué et ceinturé d’explosifs, un ancien élève d’un collège du Nord-ouest de l’Allemagne âgé de 18 ans a semé mercredi matin la terreur dans l’établissement, tirant au hasard et faisant plusieurs blesse dont certains graves, avant de se donner la mort. »

Alors que la dépêche AFP du 21 novembre 2006 (ci-dessus) nous informe d’une succession d’évènements, le texte de Lars Norén tente de retranscrire la succession des réflexions qui ont conduit l’auteur des faits à les exécuter.

C’est à partir des pages du journal intime du jeune homme que ce dernier avait mis en ligne la veille des faits, que l’auteur Lars Norén a écrit « Förgänglighet ». Pour ce dernier, le théâtre a une vocation sociale et un pouvoir politique. C’est cet aspect de l’écriture qui a conduit la metteuse-en-scène Lena Paugaum à engager ce projet, et c’est avec cette volonté d’agir sur le public qu’elle a choisit une salle de classe comme espace de jeu, et qu’elle a initié le projet avec deux classes de lycéennes et lycéens. C’est à partir de lectures collectives, d’ateliers théâtraux et de débats qu’ils ont, ensemble avec le comédien Mathurin Votlz, construit ce spectacle.

La forme de ce 20 Novembre est de fait assez intrusive. Là où la mise en scène de ce même texte par Sophia Jupiter en 2016 dans le Festival d’Avignon se faisait dans une disposition théâtrale classique, les spectateurs se répartissent ici dans une salle de classe. L’univers de l’école est d’ailleurs exploré : quand l’acteur écrit au tableau, s’éclaire à l’aide de rétroprojecteurs qu’il allume, éteint et déplace lui-même. Et quand il nous raconte que l’école est la cause de son mal-être, il s’en ré-approprie petit à petit les codes, et se déplaçant à répétition, il contraint les spectateurs à se tordre sur leurs chaises pour le suivre, là où on l’a contraint lui, à gober droitement des règles alors que ces camarades le martyrisaient.

La forme est intrusive donc, et le protagoniste prend les spectateurs à parti mais on s’étonne et regrette peut-être que les spectateurs ne réagissent pas plus et qu’il n’y est donc pas un vrai débat, là où tout semble être fait pour le créer. La faute peut-être à mes co-spectateurs ou à de petites réajustements de dispositifs ou de mise en scène à effectuer, mais il paraît de la bouche des artistes que les jeunes publics y réagissent et commencent parfois même un débat avant la fin. Peut-être que ce dispositif sert à cela, nous montrer que nous sommes effectivement très bien éduqués, et que notre éducation n’est pas passée par la confrontation des idées. Ou comme le dirait Cat Stevens traduit « Dès que j’ai commencé à parler, on m’a ordonné d’écouter ».

Baptiste Rol

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