AU CHIEN QUI FUME : « LES AILES DU DESIR », LE CINEMA ET SON DOUBLE

LEBRUITDUOFF.COM – 19 juillet 2017
Spectacle recommandé

Théâtre du Chien qui fume -« Les ailes du désir » de Wim Wenders mis en scène par Gérard Vantaggioli – du 7 au 30 juillet à 17h30, relâche les 12, 19 et 26.

« Les ailes du désir », le cinéma et son double

« L’éternité c’est long, surtout vers la fin », cet aphorisme attribué à Woody Allen pourrait assez bien caractériser les pensées inconscientes des deux anges « très bien élevés » que sont Damiel et Cassiel. Une vie d’ange passée à recueillir les mots dits et pensées secrètes des humains, ça pourrait purger de pas mal d’illusions sur le genre terrestre… Et pourtant, les humains ayant un avantage substantiel sur eux – sujets aux maux de dents, ils éprouvent les affres de la douleur, contrepartie de leurs frémissements extatiques – ils ne sont pas sans fasciner leurs observateurs « bien-veillants ».

Alors quand Damiel découvrira l’existence de Marion, séduisante jeune actrice mélancolique suspendue à une corde, d’où elle doit donner son texte, et en délicatesse avec son metteur en scène peu amène, il se mettra à rêver à un « atterrissage » en douceurs… Etre réduit à deviner, espérer, au lieu de tout savoir, devient son leitmotiv, dût-il pour cela renoncer à l’immortalité.

Gérard Vantaggioli s’empare du film légendaire réalisé deux ans avant la chute du mur de Berlin pour transposer de manière onirique au théâtre, dans l’Avignon contemporain, le scénario de Wim Wenders. Ainsi les anges, dont il sonorise « fabuleusement » la voix pour lui donner le timbre si particulier du langage céleste, vont-ils croiser et suivre à leur guise dans les rues piétonnières de la Cité papale, sous les remparts du Palais des Papes, devant le Théâtre d’André Benedetto de la Place des Carmes, dans quelque entrée d’immeuble ancien, ou bien encore dans une rame de TGV, les Avignonnais(es) assujetti(e)s aux heurs et malheurs de leur quotidienneté. Invisibles à eux, ils vont prendre le pouls de leur état d’âme sans pouvoir pour autant infléchir le cours de leur existence. Une clarté de vue doublée d’une impuissance à agir.

Le dispositif emprunte autant au cinéma (clin d’œil aux ressources du film princeps) qu’au théâtre ses éléments de langage. De grands voiles servent de surfaces de projection aux vidéos tournées dans la ville, tandis que Damiel et Cassiel, tout comme Marion et le metteur en scène, incarnés par des comédiens en chair et en os, traverseront le rideau de fond de scène pour faire « en vrai » leurs apparitions sur la scène du (faux) théâtre. Ainsi après avoir existé en tant que figures de cinéma sur les écrans de nos fantasmes réactivés par ce procédé original, ils deviennent les acteurs d’un théâtre en train de se faire sous nos yeux écarquillés de spectateurs (de théâtre et/ou de cinéma ?). L’effet papillon de « La Rose pourpre du Caire » est bel et bien d’actualité.

Arrive le moment tant attendu par Damiel de rejoindre Marion, elle qui rêve de la rencontre amoureuse avec « un homme » (sic) qui l’attendrait. Ange déchu tombé des cieux pour connaître les émois du septième ciel, Damiel commence son existence « terre à terre ». Et c’est là que l’on découvre, dans le long baiser langoureux que les deux amoureux échangent, que si les anges n’ont pas de sexe, les ex-anges eux en sont dotés avec les élans qui s’y attachent.

Se déroule alors sur l’écran du rideau de fond de scène, le générique du film tourné à Berlin en 1987 par Wim Wenders, avec en ajout les mentions de l’adaptation théâtrale de 2017 que l’on doit à un certain Gérard Vantaggioli avec, dans les rôles des acteurs, ses quatre comédiens.

Forme hybride alliant avec grâce théâtre et cinéma, ces « Ailes du désir » vibrent d’une délicieuse légèreté nostalgique. Grâce à elles, nous nous envolons vers les contrées aériennes d’un rêve très terrien : aimer jusqu’à la déchirure, tenter sans force et sans armure d’atteindre l’inaccessible étoile (dixit le Grand Jacques).

Yves Kafka

Photo Philippe Hanula

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