« VIVRE SA VIE » : CHARLES BERLING EN FEMINISTE GODARDIEN

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LEBRUITDUOFF.COM – 3 juillet 2019

AVANT-PREMIERE AVIGNON OFF 19. « Vivre sa vie » – Mise en scène de Charles Berling – Adaptation libre du scénario du film de Jean-Luc Godard – accompagnée des textes de Virginie Despentes, Marguerite Duras, Henrik Ibsen, Bernard-Marie Koltès, Grisélidis Réal, Sophocle, Frank Wedekind, Simone Weil – Théâtre des Halles du 5 au 28 juillet – relâche les mardis 9,16 et 23 juillet – Salle Chapitre à 19h00.

Voilà maintenant quelques années que, fil après fil, le théâtre des Halles au travers de son directeur Alain Timár, a su créer des liens artistiques solides avec une multitude de théâtres et créateurs. C’est donc tout naturellement que Charles Berling, actuel co-directeur du théâtre Liberté de Toulon est accueilli pour cette édition du Off d’Avignon afin de présenter sa dernière mise en scène « Vivre sa vie ». Adaptation n’est pas exactement le mot qui convient tant sa mise en scène fait davantage office d’écho artistique et de dialogue que d’adaptation théâtrale.

Nana est une jeune fille rêvant comme tant d’autres de cinéma. Quittant Paul et son enfant, Nana se retrouve, de petits boulots en vrais faux espoirs, à mettre peu à peu le pas dans la prostitution et à tomber sous le joug de Raoul, proxénète.

Scindant la scène en deux parties distinctes, Charles Berling prend le parti de ne laisser transparaître la violence inhérente à la prostitution qu’au travers d’un jeu d’ombres chinoises située en fond de scène, l’avant-scène restant le lieu où se jouent les rencontres et le tissage du destin de Nana qui, de rencontres en désillusion, offre une partition empreinte de poésie et d’espoirs déçus. Sous la direction du metteur en scène les hommes se font femmes et les femmes se font hommes, procédé qui, loin de brouiller la lecture, permet de teinter agréablement la pièce d’une touche interlope accentuée par une bande son jouée à la guitare en live par Grégoire Léauté.

Pauline Chevillier dans le rôle de Nana offre quant à elle une prestation touchante, toujours à la limite entre l’espoir de réussite et un déni de la réalité, marchant sans s’arrêter vers un destin funeste. Endossant plusieurs rôles la comédienne Hélène Alexandridis tire son épingle du jeu même si le rôle du proxénète Raoul demande plus d’effort d’imagination de la part du spectateur et tend à le ramener vers une image assez ancienne du proxénète. Entre toutes ces rencontres il y a celles avec les personnages interprétés par le jeune comédien Sébastien Depommier qu’il est important de citer tant son travail est d’une parfaite justesse, troublant et bluffant dans tous ses rôles et dans tous les travestissements.

Féminisant le propos grâce à l’utilisation d’extraits d’écritures d’auteures, Charles Berling parvient à moderniser le discours sur la place des femmes dans nos sociétés. Sans jamais tomber dans la leçon ou offrir des réponses toutes faites, la mise en scène permet cet instant propre à la réflexion qui ne juge pas mais qui pose les bonnes questions. A découvrir.

Pierre Salles

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