« LES FILLES AUX MAINS JAUNES », UNE BELLE ENERGIE FEMININE

fillesmainsjaunes

LEBRUITDUOFF.COM – 14 juillet 2019

AVIGNON OFF 2019. « Les filles aux mains jaunes » – De Michel Bellier, mise en scène Johanna Boyé, du 5 au 28 juillet (Relâche le 22) au Théâtre actuel, à 12H05, durée 1H15

Elles sont quatre ; quatre femmes pour porter la voix de milliers d’autres. « Des milliers de ces êtres réputés faibles qui ont versé leur tribut à l’effort » de La Grande Guerre dans les usines d’armement, pendant que les hommes étaient au front. Ces milliers de femmes qui ont, dans la dure réalité de l’usine, découvert le monde du travail et se sont battues pour faire valoir leurs droits ; nos droits. « À travail égal, salaire égal. » Ce fut les prémices d’un mouvement qui n’a vu ses premiers effets que bien des années plus tard. (1944 : droit de vote des femmes en France ! 1972 : égalité des salaires encore si peu respecté aujourd’hui !)

Au travers du destin de quatre personnalités, Louise, Rose, Jeanne et Julie, l’auteur Michel Bellier, avec sensibilité et humour, nous raconte l’Histoire peu connue des tourneuses d’obus. Par une succession de séquences de vie mêlant détails historiques et témoignages intimes, il nous dévoile la réalité de leur quotidien dans l’usine : la dureté de leur condition de travail, l’empoisonnement à petit feu de nombre d’entre elles par une poudre toxique laissant des traces jaunes indélébiles sur leur peau, les attentes interminables des lettres du front, le deuil, l’injustice de salaires… Mais il nous parle aussi de leur courage, de leur force de vie, de leur solidarité née des épreuves partagées, et de la naissance progressive d’une conscience féministe.

Toute l’équipe dirigée par Johanna Boyé s’empare de ce texte avec une belle énergie féminine. Les répliques fusent. Les tableaux de vie s’enchainent dans une dynamique soutenue, articulés autour d’une scénographie léchée. Une grande structure en bois module les différents espaces au fil des scènes. D’ingénieuses séquences chorégraphiées nous « font vivre » les machines de l’usine et le geste répétitif des ouvrières. Les quatre comédiennes campent avec générosité leur personnage et entretiennent une complicité touchante.

Se dessinent, devant nous, quatre tempéraments bien différents : Louise combative milite, Rose candide écoute, Julie s’accroche à l’amour pendant que Jeanne maudit « les boches »… Et nous voilà , entrainés avec elle, au rythme des machines, dans la fumée, la chaleur de l’usine, invités à partager leurs pleurs, leur rire, emportés dans leur mouvement de grève… Nous revivons l’Histoire pour mieux comprendre les enjeux présents. Seul regret, le manque de rupture de rythme, de respirations parfois, pour donner plus d’espace au comique (car il y en a ! ) et à l’émotion. Le spectacle n’en serait que plus poignant.

Allez-y pour découvrir le destin des obusettes et la Première Guerre mondiale sous un angle nouveau . C’est un bel hommage qu’il leur est rendu.

Marie Velter

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