« LA CICATRICE », UN MOMENT FORT DE THEÂTRE

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LEBRUITDUOFF.COM – 16 juillet 2019

AVIGNON OFF 19. « La cicatrice » de Bruce Lowery – Mise en scène et jeu : Vincent Menjou-Cortès – A la Manufacture du 5 au 25 juillet à 15h20 (relâche les 11, 18 juillet).

Droit comme un i au milieu d’une scène nue le comédien Vincent Menjou-Cortès est ce jeune ado Jeff, 13 ans, affublé à la lèvre de ce que tout le monde appelle sa « cicatrice », en fait un bec de lièvre. Moqué de tous, Jeff intériorise cette violence de tous les jours et nous raconte son histoire, celle de ce pré-ado qui a tant de mal à s’intégrer dans sa nouvelle école et qui va finir par voler son seul ami Willy.

Sans jamais dévier d’un pouce le comédien joue son texte dans une tension toujours palpable, tension des mots sur lesquels il ne s’attarde pas, quelle qu’en soit la lourdeur, et qui procure au spectateur la même sensation que celle ressentie dans une piscine, quand, juste après avoir bu la tasse, vous n’avez pas le temps de reprendre votre souffle avant la tasse suivante, juste à la limite de la noyade. Tension du corps également quand, face au public, Vincent Menjou-Cortès semble tendre et retenir chacun de ses muscles dans des spasmes à peine visibles mais suffisamment pour stresser le corps des spectateurs. En état d’apnée chacun retient son souffle au récit bouleversant de ce petit bonhomme
affublé de son bec de lièvre et pour lequel tout ne peut qu’aller de travers.

Vincent Menjou-Cortès parvient à créer sur scène ce trou béant de souffrance dans l’âme de cet enfant, abîme happant toutes les moqueries, toutes les frustrations et enfantant un monstre malgré lui qui, peu à peu se détache de ses parents et de son petit frère Bubby qui continuent coûte que coûte à lui vouer un amour infini.

Texte dur s’il en est sur l’adolescence et sur le mensonge, « La cicatrice » offre au public, au travers du jeu magnifique de justesse et d’une puissance toujours en retenue de Vincent Menjou-Cortès, un moment fort de théâtre, un instant suspendu duquel on ne sort pas indemne.

Impossible de parler de seul en scène tant le comédien parvient à nous entraîner avec lui dans son récit. A découvrir sans tarder à la Manufacture et, il faut l’espérer, en tournée après le Festival.

Pierre Salles

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