AVIGNON, C’EST FINI !

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LEBRUITDUOFF.COM – 27 juillet 2019

Une fois de plus les rues d’Avignon se vident et certains théâtres tels  des Cendrillon, retrouvent leur carrosse de béton en citrouille-garage ou citrouille-café. Cette année aura été l’une de ces drôles d’éditions pour lesquelles on ne peut que se poser des questions entre une programmation du Festival qui au bas mot fait débat et une non-programmation du Off qui nous a offert de très belles surprises. Le hasard serait-il en définitive gage de réussite ? Le fait est que nous avons pu voir de très beaux spectacles dans ce Off 2019. Une fois encore les théâtres historiques ont fait le plein de spectateurs en proposant une belle offre de spectacles.

La Manufacture confirme sa 1ère place une fois encore avec à la fois de très beaux spectacles intramuros ou à la Patinoire, mais aussi en proposant des petits formats « hors les murs ». Comment par exemple pourrait-on oublier ces merveilleux moments dans les jardins de Baracane ? Des expériences que, nous l’espérons, saura renouveler la Manufacture en dénichant pour nous de merveilleux petits écrins dans le centre d’Avignon. N’oublions pas non plus les maintenant fameux NightShots qui deviennent au fil des ans des incontournables pour qui veut découvrir de petites pépites, souvent promues à un brillant avenir.

Le 11 Gilgamesh Belleville (il faudrait maintenant penser à raccourcir le nom) a quant à lui réussi son examen d’entrée dans les lieux incontournables du Off cette année, avec une programmation un poil moins contemporaine que la Manufacture mais offrant néanmoins une belle palette de spectacles variés et de grande qualité, avec là aussi quelques pépites. En prime, zéro défaut cette année quant à l’accueil des spectateurs et des troupes. Il semble que le 11 veuille lui aussi travailler sur des propositions « hors les murs », un pendant intéressant à la proposition de la Manufacture. Pas sûr cette année que le lycée Mistral soit le cadre idéal, mais l’essai était néanmoins réussi.

Le théâtre des Halles a cette année proposé lui aussi une beau programme et surtout, c’est l’un des rares théâtres à offrir une véritable vision artistique au travers des choix affirmés de son directeur Alain Timar. Les liens qu’il a su tisser avec des théâtres, comédiens ou metteurs en scène permettent d’assurer une certaine fidélité artistique qu’il est agréable de retrouver dans un milieu -la pataugeoire du OFF- où elle n’existe guère d’habitude. Inutile de préciser que nous ne sommes toujours pas convaincus par le chapiteau qui n’offre, il faut le dire, qu’un confort très moyen aux spectateurs, quand chaleur et mal de dos ne font qu’un. Il est évident que le poids économique d’un tel investissement est conséquent et le retour sur investissement sûrement long, mais ce choix technique ne paraît vraiment pas concluant pour ce qui est de l’accueil du public.

Pour sa deuxième année, la jeune directrice du théâtre Transversal, Laetitia Mazzoleni, autre lieu permanent, a su convaincre et emporter l’adhésion du public, de la presse et des compagnies présentes. Tout d’abord avec une belle programmation malgré quelques redites cette année, comme ce « Garçon d’Italie » qui avait bien marché l’année dernière et qui revenait pour la seconde année. Nous avons hâte de voir maintenant la prochaine création, peut-être au Théâtre 14 si son jeune directeur veut bien nous faire le plaisir de nous parler de son futur programme. Laetitia Mazzoleni a quant à elle reprogrammé sa mise en scène « Mu » avec une distribution différente qui semble avoir fait énormément évoluer son spectacle. Quelques autres spectacles ont fait le plein et engagent le Transversal dans la cour des grands. Notons également que ce théâtre reste ouvert toute l’année ! Rare sont ceux qui y parviennent en région.

Maintenant plus connu que l’année dernière le Train bleu a lui aussi tiré son épingle du jeu, en proposant quelques très beaux spectacles au cœur d’une programmation éclectique et surprenante. Quelques gros coups de cœur pour deux ou trois spectacles ont permis aussi au Train Bleu de devenir un incontournable du Off. Encore un petit bémol pour ce théâtre concernant l’accueil du public et des professionnels, qui mériterait encore quelques efforts, ne serait-ce que des toilettes accessibles qui seraient quand même un léger plus pour les personnes allant voir deux ou trois spectacles d’affilée dans ce lieu.

Le Petit Louvre reste égal à lui-même en proposant quelques spectacles de bonne facture dans ses deux belles salles, même si les surprises sont trop rares dans sa programmation. Un brin d’audace ne serait pas superflu, peut-être à des horaires tardifs afin de limiter les risques si tel est le problème. L’accueil au Petit Louvre a évolué dans le bon sens même si quelques efforts restent à faire, quelques sourires déjà ne coûtent rien et sont quand même bien agréables. On pourra noter aussi une légère baisse de l’accueil côté restauration et bar de la salle des Templiers. Mais mettons ça peut-être sur le dos de la fatigue et de la chaleur.

Le Chêne Noir, sans offrir de réelles surprises cette année, a fait de belles salles avec quelques beaux spectacles qui ont su convaincre son public. Dommage néanmoins que ce lieu incontournable d’Avignon ne mette plus à disposition à son public de lieu où boire un verre et rencontrer les équipes des spectacles. Il s’agit là d’un point fort du Off pour nombre de salles. Idem pour le théâtre du Balcon qui reste stable dans son offre ainsi que pour Le Chien qui fume.

Les Doms nous ont moins convaincu cette année avec un programme très jeune public qui manquait parfois d’envergure et de vision. Le théâtre des Carmes reste égal à lui-même, avec de beaux morceaux de théâtre, tandis que Villeneuve-en-scène, bien que distillant une sympathique programmation, brouille et embrouille encore et toujours le planning de ses spectateurs potentiels en affichant des dates complètement farfelues. A quand Villeneuve-en-scène en juin ou novembre ?

Nous omettons dans ce billet un grand nombre de salles qui ont su mettre en lumière de beaux spectacles mais les lecteurs peuvent retrouver ici le top-ten ou le Top 30 avec les propositions qui nous ont marqués. Bien sûr comme chaque année, on nous rétorquera sûrement que nous n’avons pas tout vu (!) -1600 propositions dans ce OFF 19 ! – et donc peut-être loupé quelques beaux spectacles*, mais nous leur répondrons qu’en amont du festival, nous avions néanmoins effectué un véritable travail de pré-sélection, parfois grâce aux théâtres ou diffuseurs qui présentaient leurs propositions bien avant le début du festival, parfois en assistant à des avant-premières, souvent aussi parce que nos trente collaborateurs de notre édition trans-nationale, le « TRIBUNE », effectuent toute l’année un travail conséquent de défrichage… C’est en tout cas une méthode que nous accentuerons l’année prochaine.

Enfin, et ce n’est pas coutume, un petit mot pour AF&C. Son Président Pierre Beffeyte, même si nous ne partageons pas toute sa vision sur ce que devrait être le Festival Off, nous a reçu pour un entretien sans langue de bois, ou pas trop, et parvient à rendre ce Off plus vivable. Des points durs existent toujours mais force est de constater qu’une certaine volonté de changement positif et de dialogue semble être la nouvelle règle après des années d’entre-soi.

L’édition 2019 se termine, avec ses hauts et ses bas dans la fréquentation. La canicule aura peut-être eu une incidence. Notons qu’une « enquête » Flux vision (faite à partir de signaux de téléphones portables) a calculé** que 688 000 personnes auraient fréquenté Avignon en juillet et que, en posant ce chiffre en face du million de place vendues (chiffre donné dans l’Interview de Pierre Beffeyte) on peut en déduire qu’en moyenne les visiteurs de la Cité papale vont assez peu au théâtre… Du travail reste à faire !

De notre côté, dans quelques mois nous préparerons l’édition 2020 mais avant retrouvez-nous, l’équipe du Bruit du Off avec les chroniqueurs du « BRUITDUOFF TRIBUNE« , sur cette édition quotidienne ouverte toute l’année en France, en Belgique et Suisse francophones***.

A très bientôt !

Pierre Salles

* Notre OFF 2019, c’est tout de même plus de 230 spectacles chroniqués pour près de 270 vus…

** Avec un protocole « scientifique » particulièrement fumeux, qui suppose : 1) que tout le monde a un portable, 2) qu’il ne dispose que d’un seul appareil, alors qu’une grande proportion de pros a au moins deux smartphones… Sans compter la « fiabilité » affichée de leur logiciel « infaillible » dont ils ont su fourguer les « résultats » à des clients crédules… Une juteuse opération commerciale qui n’a rien à voir avec une enquête scientifique rigoureuse et un non moins rigoureux comptage sérieux, qui de toutes manières est impossible à réaliser. (ndlr)

*** Et si le cœur vous en dit, que vous aimez le théâtre et que tenter l’écriture au sein d’une équipe assumant son éthique et ses choix vous titille, eh bien contactez-nous et rejoignez nos équipes, en Régions comme à Paris, Bruxelles ou Genève !

 

Image : « Le syndrome du banc de touche » – photo Pauline Le Goff

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