« COLD CUTS » OU LES RAVAGES INVISIBLES DE L’EMPRISE PSYCHOLOGIQUE

lebruitduoff.com – 7 juillet 2026
« Cold cuts » – – Mise en scène & interprétation Amandine du Rivau et Régis Lux – Scénographie Alix Mercier – Le 11, espace Mistral – jusqu’au 23 juillet – Relâche les 10 et 17 juillet – 10h45 – durée 1h05.
Les deux comédiens ouvrent le spectacle en lisant quelques lignes du texte de Linda Mc Lean, écrit à la demande d’Amnesty International. Ces quelques phrases suffisent avant qu’Amandine du Rivau et Régis Lux n’abandonnent le livre pour devenir Molly et Ian. La bascule est immédiate.
Dans la cuisine du couple, un jambon laissé sans emballage dans le réfrigérateur déclenche la colère d’Ian. Mais très vite, le spectateur comprend que le problème n’est pas le jambon. Comme dans toute relation d’emprise, il ne s’agit que d’un prétexte. Une tâche ménagère, un retard, un repas mal préparé… tout devient matière à humilier, culpabiliser, contrôler. Molly tente d’anticiper les réactions de son compagnon, de trouver les mots qui pourraient apaiser sa colère. En vain.
Installé en tri-frontal, le public se retrouve au plus près de cette cuisine où le quotidien bascule progressivement dans la peur. La scénographie, réduite à une table, trois chaises en formica vert et un réfrigérateur blanc, rappelle que ces violences peuvent se dérouler derrière n’importe quelle porte. Les silences, parfois plus oppressants que les éclats de voix, installent un profond malaise. On ne regarde plus seulement une pièce de théâtre ; on assiste, impuissant, à la mécanique de l’emprise.
Face à une Amandine du Rivau d’une grande justesse, Régis Lux impressionne par sa capacité à passer d’un personnage à l’autre avec une remarquable fluidité. Ian, le médecin, le fils… les changements s’enchaînent naturellement. Pourtant, même lorsqu’il n’incarne plus son bourreau, Ian semble ne jamais quitter la scène. Molly reste enfermée dans cette violence psychologique et continue d’entendre les paroles de son compagnon résonner dans la bouche de ceux qui cherchent à lui venir en aide. Une manière particulièrement troublante de donner à voir que l’emprise survit bien souvent aux coups.
Cold Cuts ne cherche jamais à provoquer par la violence. Ce sont les regards, les silences et cette tension permanente qui marquent durablement le spectateur. Plus qu’un spectacle sur les violences conjugales, cette création interroge les ravages invisibles de l’emprise psychologique et laisse, longtemps après la représentation, une sensation d’inconfort dont il est difficile de se défaire.
Béatrice Stopin
Photo Eric Damiano





























