« DESPERADOO », DES PIEDS NICKELES DU OFF QUI NOUS RAVISSENT

lebruitduoff.com – 9 juillet 2026
« Desperado » – Des Cies « Rien de Spécial » et « Tristero » – La Manufacture Saint Chamand – Du 4 au 12/07 de 17h40 à 19h40 (trajet en navette compris) – Relâche le 09/07
Il semblerait qu’une fois encore les Belges aient décidé de quitter le ronron du Théâtre des Doms pour venir enchanter la Manufacture. Et quel bonheur ! Avec Desperado, ils offrent un objet théâtral aussi absurde que profondément humain, où quatre magnifiques losers nous parlent de la vie, de leurs rêves en miettes et de leurs petites défaites avec un sérieux désarmant.
Ces faux cow-boys, qui ont depuis longtemps troqué les rêves de grands espaces contre les parkings de supermarché, se retrouvent le temps d’une fête country pour refaire le monde. Ou plutôt pour le défaire, de palabres en digressions, de monologues bancals en phrases qui semblent ne jamais vouloir finir. Le texte, signé par le duo néerlandais Ton Kas et Willem De Wolf, puise son inspiration dans les conversations souvent improbables que leurs pères entretenaient avec leurs amis. Une matière brute qui, traduite presque mot à mot du flamand en français, conserve toute son étrangeté : cette musicalité, ces répétitions, ces décalages produisent un comique irrésistible tout en laissant affleurer une mélancolie tenace qui peut parfois faire penser au travail d’un Philippe Quesne dans tout ce qu’il a de plus étrange et poétique.
Les quatre comédiens, issus des compagnies flamande Tristero et francophone Rien de Spécial, forment un quatuor d’une précision remarquable. Chacun impose son rythme, sa maladresse, son burlesque, sans jamais voler la lumière aux autres. Ils n’ont presque besoin de rien pour nous embarquer avec eux dans le loufoque. Sur scène, un simple panneau évoquant une publicité de bord de route américaine suffit à planter le décor. Le reste appartient à leur présence, à leurs silences et à leur sens inné du décalage.
On rit énormément, souvent d’un rire franc, parfois d’un rire un peu jaune tant ces fanfarons touchent juste car derrière l’absurde affleure une réflexion cruelle sur la solitude, le vieillissement et ces illusions auxquelles on s’accroche pour continuer malgré tout d’avancer. Gros succès mérité en Belgique, Desperado a tout pour devenir l’un des rendez-vous incontournables de ce Off. Courez-y vite car ces pieds nickelés ne sont là que jusqu’au 12.
Pierre Salles





























