LE DERNIER AÏD : HOMMAGE AU PERE

lebruitduoff.com – 10 juillet 2026
LE DERNIER AÏD – Wacil Ben Messaoud – Le 11. Espace Mistral – Du 7 au 23 juillet à 11h00. 1h15 – Les jours impairs. Relâche le 17.
Wacil Ben Messaoud nous invite dans sa boucherie. Pas la vraie. Celle de Port de Bouc. De père en fils. « La Charolaise ». Non. Celle du théâtre. Celle où il raconte une tradition. Une famille. Un choix. Il nous dit l’Aïd. Le dernier en l’occurrence. Pour cause de fermeture définitive. L’Aïd jour de fête et de deuil. Les derniers moments d’une boucherie fondée par un père immigré. Et qui suivant la tradition voudrait la transmettre à son fils. Le fils est là. Devant nous. Acteur dans le théâtre. Il a voulu ça être acteur. Alors il raconte. Le père et le fils. L’un et l’autre. L’un avec l’autre. Unis dans un même récit. Joués par un même acteur. Symbiose.
Billot de boucher au centre du plateau. Comme l’autel du sacrifice. Celui d’Ibrahim qui vit en rêve celui de son fils. Lui le fils unique. Le voilà allongé à demi-nu sur ce billot. Noyé dans son rêve à lui.
Puis vient le petit peuple de cette boucherie familiale. Les histoires de halal. Drôles et pertinentes. Les lamentations exagérées d’une cliente d’occasion. Comme un instant de théâtre dans le théâtre. Les apprentis un peu gauche auxquels il faut apprendre. Transmettre. La transmission maître mot de cette relation père-fils. Et tout son poids. Être acteur. Avec toute cette histoire dans le cœur. L’Algérie et ses travers. La tradition. Les coutumes parfois dépassées. L’humour teinte le récit. Mais le récit fait aussi le détour par d’autres réalités. Simplement pointées du doigt. « Grand remplacement ». RN. Tant de dangers. Les choses sont dites. Le récit prend parfois quelques couleurs politiques. Dans la marche du monde. Sans gravité. Juste dire. Et le vieux père sous son burnous blanc peut espérer une belle vie pour ce fils.
Et le fils de poursuivre et d’élever la boucherie au rang d’un art méconnu. Savoureux récit des « couilles de bélier algérien ». Animal révolutionnaire. Image à double sens au temps d’un masculinisme exacerbé.
Père et fils resteront unis à jamais par cette boucherie. Fermée ou non un jour d’Aïd. Unis par ce lien filial précieux et ici si bien raconté. Avec pudeur et amour. Avec comme une chorégraphie du geste. Belle et puissante. Fragile et élégante. Wacil Ben Messaoud est un acteur sincère. Généreux. Comme le sont ce père et ce fils d’un dernier Aïd réconfortant.
Arthur Lefebvre





























