« LES DEBUTS N’ONT PAS D’IMPORTANCE » : LES HISTORES D’A. FINISSENT MAL, EN GENERAL

lebruitduoff.com – 10 juillet 2026

« Les débuts n’ont pas d’importance, ils sont toujours parfaits (Bébé & Doudou) – Texte de Solenn Denis –  Interprétation : le Collectif Denisyak – Le 11 –  jusqu’au 23 juillet – Relâche les 10 et 17 juillet – 13h25 – durée 1h15.

Dans une ambiance disco, le couple se rencontre et tombe amoureux. Les premiers instants ont la légèreté de toutes les histoires d’amour : des étreintes passionnées, des mots doux, des attentions réciproques. Puis, presque imperceptiblement, quelque chose se dérègle. Les certitudes vacillent. Il ne cherche plus seulement à la convaincre qu’elle se trompe ; il l’amène à douter d’elle-même. Lorsqu’elle ose remettre en question sa parole, c’est finalement elle qui se sent fautive d’avoir remis en question leur confiance qui les unit. Les remarques deviennent plus fréquentes, toujours formulées avec une apparente bienveillance. Sous couvert de conseils et d’attentions, les reproches s’accumulent jusqu’à fragiliser peu à peu sa confiance en elle.

Au plateau, un tapis orange trône au centre de la scène. De part et d’autre, deux plateformes basses aux teintes orangées dessinent un salon cosy, vintage, presque hors du temps. Comme si ce qui allait se jouer pouvait appartenir aux années 80… ou à aujourd’hui. Car les mécanismes de l’emprise, eux, n’ont pas d’époque. La création lumière accompagne avec une grande minutie chaque étape de la relation, épousant les émotions du couple et les variations de son histoire.

Olivia Corsini et Erwan Daouphars incarnent ce couple avec une grande justesse. Sans jamais forcer le trait, ils rendent crédible cette lente bascule où les gestes tendres laissent progressivement place au doute, jusqu’à l’installation de l’emprise. Au-delà de cette histoire d’amour, le spectacle interroge : comment ces schémas relationnels, qui semblent se répéter inlassablement, prennent-ils naissance et pourquoi continuent-ils de se transmettre ?

Le recours au micro pour faire entendre les pensées des personnages s’avère parfois un peu moins fluide. Les gestes répétés pour le dégainer puis le ranger, comme dans un holster, peuvent ponctuellement rompre l’immersion du spectateur, sans toutefois nuire à la qualité du spectacle.

Les Rita Mitsouko chantaient que les histoires d’amour finissent mal… en général. Le Collectif Denisyak en démonte, avec une redoutable justesse, les mécanismes. Un spectacle qui dérange moins par ce qu’il montre que par la facilité avec laquelle chacun peut s’y reconnaître.

Béatrice Stopin

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