ALIF, « UNE FENÊTRE OUVERTE SUR L’ÂME «

lebruitduoff.com – 12 juillet 2026
ALIF – Abdelwaheb Sefsaf – Le 11 Avignon – Du 4 au 23 juillet à 14h00- Durée 1h20 – Relâche le 17.
Ce sera comme une salle de classe. Un petit amphithéâtre. Un forum. Comme en Grèce antique. Mais ici c’est l’Algérie. Au centre une estrade ronde. Autour prendront place quelques spectateurs. Acteurs d’un jour. Ce seront les compagnes et compagnons de route d’Abdel pour ce parcours d’enfance.
Kabylie des années 50. Ou 60. « En 1981 j’avais 11 ans. La campagne de Kabylie est rude. Très rude. » Fin juin et bateaux pleins pour partir au pays. Néanmoins le séjour a lieu. Et au retour c’est le collège Jules Vallès. Homme politique « révolté », fondateur du journal Le Cri du peuple.
La langue. Colonne vertébrale d’un peuple. La colonisation française interdit la pratique de la langue arabe. Celle ou la première lettre de l’alphabet est comme un corps droit. Qui refuse de plier. La mère d’Abdel devient étrangère chez elle. Douloureux paradoxe. Des enfants rient et s’ébattent sur les deux écrans qui encadrent la classe. Celle où cette année 1962 Abdel entre au collège. L’année de l’indépendance. Quand il faudra réapprendre la langue. « Une langue ne disparaît pas. Elle attend. » Abdel apprendra l’arabe en première langue. Alors entre en scène cette jeune professeur. Amoureuse de son pays. De sa langue. De sa mission de transmission. De poésie. De musique et de chants. Chrétienne maronite. Exilée du Liban. La guerre. La peur. La fuite. Pays aux multiples communautés. Pays de la guerre civile. Pays douloureusement d’actualité. Salutaire rappel historique. L’arabe est sa langue. Au-delà de l’effondrement. Et de la destruction. La langue est vivante et le peuple debout. Alors on chante. On danse. Le récit parfois grave reste joyeux. Léger. Plein d’humour et de d’optimisme d’une enfance en devenir. La poésie sauvera peut-être le monde quand elle évoque l’immense poète palestinien Mahmoud Darwich. La musique sauvera peut-être le monde quand elle évoque l’immense chanteuse Oum Kalthoum. Le spectacle prend d’ailleurs parfois des allures de concert quand les chants sont portés par le public. Violon, orgue de barbarie et autre nyckelharpa au son d’une grande beauté. Fractures et espérance. L’histoire est collective. « Les déserts peuvent devenir des jardins de fleurs ». Alors quand apparaissent les visages des tirailleurs, visages-villages la langue se mue en image forte. Émouvante. Larmes brodées comme des perles. Manège fabuleux venu tout droit d’une décharge. Gaza donne sa chair et son sang. Des poèmes comme des coups de sabre. Ceux de Mahmoud Darwich : Silence pour Gaza. La Langue survivra. Au-delà de toutes les violences. La langue pour dire l’histoire. Intime ou collective. Un spectacle qui porte l’héritage et l’intégration comme une puissante espérance. Beau dans sa simplicité. Beau dans sa richesse. Beau dans la générosité des interprètes et musiciens. À voir sans hésitation.
Arthur Lefebvre
Photo Christophe Raynaud de Lage





























