« MEDUSÉE », UN CABARET-DRAG MYTHOLOGIQUE ET FÉMINISTE

lebruitduoff.com – 12 juillet 2026
Médusée – Léna Bokobza-Brunet – Compagnie Ultimato – Le 11, salle 3 – 20h20 – du 4 au 23 juillet (relâches les vendredis 10 et 17 juillet).
Médusée, comédie musicale ou drag-show haut en couleurs, conjugue avec une grande justesse histoire intime autofictionnelle et histoire mythologique. Le spectacle replace le mythe de Méduse dans un récit universel et féminin. La voix de l’héroïne aux cheveux de serpents résonne en écho avec le mouvement de révolte des femmes violées, réclamant justice.
Léna Bokobza-Brunet, metteuse en scène et comédienne principale, réinvestit cette figure mythologique pour réhabiliter la femme blessée, et, par là même, dénoncer les vrais monstres et déboulonner les statues : celles des hommes galvanisés d’hybris – à l’instar de Poséidon -, occupant nos sociétés dans la plus grande impunité.
Cette histoire intime est avant tout une histoire collective, sororale et chorale. Méduse chante aux côtés de ses deux « sœurs Gorgones », créatures féminines s’identifiant à ses blessures. Toutes trois en appellent à Athéna, métaphore de la Justice, mais cette dernière, loin de punir les coupables, accable la victime. Méduse sera condamnée à changer en pierre quiconque croisera son regard.
Mais ce regard lapidaire n’est qu’un reflet de la violence subie, un miroir tendu à ceux qui ont commis la faute. Car, comme le titre le souligne habilement, Méduse est avant tout une femme médusée, pétrifiée par le drame. Par le viol.
La pièce, abordant la thématique plus que sérieuse des violences sexistes et sexuelles, est pourtant loin d’être pesante. Méduse, entourée de ses sœurs, apprivoise ses serpents pour les transcender en arme, en beauté, en énergie vitale.
Dès lors, le spectacle trouve son juste équilibre entre humour, joie, désespoir et révolte. Les registres et références se croisent, s’entremêlent avec fluidité. On passe de la comédie musicale au réquisitoire, des paillettes et boules disco à la gravité des larmes, de l’effusion cabarétique à la solitude des victimes, de la légèreté d’un air de Dalida à la pesanteur d’un chant d’Yseult. La pièce est aussi un savoureux mélange de pop-culture. Léna Bokobza-Brunet fait appel à toutes ses héroïnes de jeunesse : Bella, héroïne de Twilight, Blair dans Gossip Girl, Delphine et Solange dans Les Demoiselles de Rochefort… Elle inscrit Méduse dans cette lignée de femmes qui ont façonné nos imaginaires : femmes amoureuses, femmes blessées, femmes médusées.
On ressort du spectacle avec l’injustice au ventre et quelques airs en tête, l’envie de dénoncer et de danser. Et surtout, le désir d’aimer et de s’aimer mieux.
Clara Cellier
Photo Solotiana Manakory





























