« BADJENS » : L’IRAN DE FEMME-VIE-LIBERTÉ, MAGNIFIQUEMENT EXPLORÉ. FORT ET NÉCESSAIRE

lebruitduoff.com – 14 juillet 2026

« Badjens » D’aprés le roman et mise en scène de Delphine Minoui – Le 11 – Du 4 au 23 Juillet à 18h40 – Relâche les 6 et 17 – Durée 1h15.

Avec Badjens, Delphine Minoui ne vient pas raconter l’Iran de loin. Ecrivaine, grand reporter, Prix Albert-Londres, fine connaisseuse du Proche et du Moyen-Orient où elle a vécu de longues années, elle connaît ce pays dans sa chair autant que dans son histoire. Pour sa première mise en scène, elle abandonne le reportage sans jamais renoncer à la vérité. Elle choisit simplement un autre langage : celui de la scène, là où les émotions prennent parfois le relais des mots lorsqu’ils ne suffisent plus. 

L’histoire est celle de Zahra, une adolescente iranienne non désirée par son père, a qui sa  mère donne le surnon de bad-jens qui peut signifier l’effrontée et qui, au cœur du mouvement « Femme, Vie, Liberté » repris lors des manifestations de 2022 en Iran, décide de brûler son voile. Quelques secondes suspendues durant lesquelles toute une vie remonte à la surface. Celle d’une jeune femme à qui l’on a toujours expliqué ce qu’elle devait être, comment elle devait vivre, comment elle devait se taire. 

Mais « Badjens » n’est jamais un spectacle sur la résignation. C’est au contraire un immense cri de liberté et d’espoir dans une lutte indispensable. Une parole qui refuse de se laisser enfermer par les diktats, les interdits et toutes ces injonctions faites aux femmes. Ici, la colère devient une énergie, presque une promesse.

Alice Rahimi impressionne par la sincérité de son interprétation. Elle ne cherche jamais à fabriquer l’émotion mais la laisse naître avec une évidence qui bouleverse. Son regard, son engagement physique, sa manière de faire cohabiter la fragilité d’une adolescente et la détermination d’une femme déjà prête à risquer sa vie donnent au personnage une profondeur rare.

La mise en scène, sobre, trouve un équilibre remarquable grâce à la vidéo et surtout à la musique jouée en direct par Renaud Satre, dont les compositions accompagnent sans jamais souligner. Et puis il y a cette voix magnifique de Fiona Sanjabi (en alternance avec Hura Mirshekari), elle traverse le spectacle comme un souffle venu d’ailleurs. Elle transporte le public au cœur de cet Iran où l’espoir continue d’exister malgré la violence, malgré les arrestations, malgré la mort. Une moment suspendui.

On ressort de Badjens profondément touché. Parce que ce spectacle ne cherche ni à donner des leçons ni à provoquer artificiellement l’émotion. Il donne simplement un visage à celles que l’on réduit trop souvent à des images de répression.

Impossible de ne pas penser, en quittant la salle, que le combat de ces femmes est loin d’être terminé. Les extrémistes sont toujours au pouvoir, et leur liberté demeure chaque jour menacée. C’est sans doute ce qui rend ce spectacle si bouleversant : derrière la beauté du théâtre se cache une réalité qui, elle, continue de s’écrire. Une très belle proposition de ce Festival Off, forte, profonde et terriblement nécessaire. A ne pas louper

Pierre Salles

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