« LA BELLE SCENE SAINT DENIS # 2 » : TOUJOURS ET ENCORE LA CRÉATIVITÉ EN MARCHE !

lebruitduoff.com – 15 juillet 2026

LA BELLE SCENE SAINT DENIS # 2 – Un programme Danse du Théâtre Louis Aragon – avec : MITHKAL ALZGHAIR « Paisiblement » – MWENDWA MARCHAND « Out/Side » – MASSIMO FUSCO « Bal magnétique (tour de Danse) » – Au Théâtre la Parenthèse, Avignon Off, jusqu’au 17 juillet.

On ne s’en rend pas compte, mais cela fait quinze ans que La Belle Scène Saint-Denis existe et présente des compagnies dans le OFF. Avec ce deuxième programme, le Théâtre Louis Aragon de Tremblay a bien fait les choses, avec une montée crescendo des thèmes qui nourrissent sa programmation depuis des années…

BESOIN DE PAIX 

Dans la première demi-heure, c’est le chorégraphe syrien exilé en France, Mithkal Alzghair, qui nous présente un extrait de Paisiblement, une pièce qui revient sur les massacres de la communauté druze de Sweida, dans son pays natal, la Syrie. Le trio, deux hommes et une femme, entre du côté des gradins. Leurs visages sont marqués, leurs bras portent des contusions. Ils se saisissent des cartons posés au sol, les tiennent de part et d’autre et entament une procession revendicative, assurant une digression des gestes… La chose est calme, pacifique. Lâchant leurs pancartes, ils frappent dans leurs mains. Mithkal Alzghair rappelle combien la vie de ces gens a changé lors de cette attaque dans les villages… Entre şêrîn et dabke les danses traditionnelles de ce pays, les danseurs frappent le sol, dans leurs mains, et tendent les bras en l’air… C’est évidemment touchant et d’une approche inhabituelle, presque dépouillée des artifices d’autres spectacles sur ce sujet, comme si plus rien de revendicatif ne pouvait se jouer et que seules les images, lentes, presque en silence, pouvaient encore marquer…

JUMP 

Ensuite, le plateau est occupé par Mwendwa Marchand, danseuse et chorégraphe d’origine kényane, qui présente Out/Side, un trio efficace inspiré du dancehall, une pratique venue de Jamaïque. Mwendwa Marchand, Carl Dhélot et Déhiti Akato sont sur scène ensemble. Elle commence un solo de bras. Sa danse est fluide, le plexus tourné vers le public. Elle a des mouvements d’épaules, de bas en haut. Carl Dhélot, la main sur le côté, réagit à son tour, lentement. Déhiti Akato les rejoint, et le trio peut se former. Et là, attachez vos ceintures, car la tornade de la compagnie Out Side est lancée… C’est tellement rythmé que, par cette chaleur, on se demande comment le groupe arrive à trouver l’énergie… La danse est vraiment maîtrisée. Les ralentis succèdent à des moments terriblement physiques. Les bras se tendent. Les pieds frappent le sol. Les cris de Carl Dhélot, pour donner les impulsions et les changements de direction, réveillent le public de la parenthèse (presque) anesthésiée par la chaleur. Grande découverte que cette nouvelle danse !

VOUS LES FEMMES… 

Le bal est à la mode, du moins sa représentation stylisée, telle qu’on se l’imagine. Il envahit les scènes comme une nostalgie des danses de couples, en groupe, tous unis et réunis par des gestes appris, transmis, exécutés avec élégance et rapidité… Et puis, la danse de salon est restée loin derrière les boîtes de nuit et leurs danses solitaires… Et voici qu’un travail de mémoire, presque de conservation, apparaît. Il y a eu Le Bal clandestin d’Aïcha M’Bareck et Hafiz Dahou, longtemps pensionnaires du théâtre Louis Aragon, les passes de tango de Une pédagogie du conflit (ou comment bien jouer à la bagarre) de Mathieu Desseigne-Ravel et Lucien Reynès, actuellement à La Scierie, et voici un extrait du très inspiré Bal magnétique de Massimo Fusco.

Au début, on se demande où il veut en venir avec cette déclinaison de toutes les postures du trio et cette guitare électrique de Hot Bodies, qui chantera aussi sur scène… Trois femmes sont sur scène. C’est très calme, très planant, comme s’il fallait défaire les habitudes de danser seuls, comme s’il fallait habituer les gens à revoir des individus ensemble avant qu’éclate le bal ! Les bras se passent au-dessus, les mains sont derrière et tiennent la taille de l’autre. Les chaînes de bras forment des couronnes au-dessus de la tête. Et puis, la danse commence à se déployer, à prendre l’espace, à s’accélérer. Cette lenteur est calculée. Une danseuse vient inviter une spectatrice, puis une autre, et le vrai projet de Massimo Fusco prend forme sous nos yeux : des gestes simples et faciles reprennent les tarentelles d’antan, les bourrées d’Auvergne ou les fest-noz de Bretagne… La salle est en transe, debout, à scander sur la musique… 

Une belle façon de boucler un programme riche et révélateur. Et si les finances ne suivent plus du tout, la créativité et la recherche des artistes, elles, sont bien là. Aidons-les à nous rappeler notre belle humanité.

Emmanuel Serafini

Images: 1- MITHKAL ALZGHAIR « Paisiblement » – 2- MWENDWA MARCHAND « Out/Side » – 3- MASSIMO FUSCO « Bal magnétique (tour de Danse) » – Courtesy La Belle Scène Saint-Denis 2026 – Photos © Alan Hawk

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