« DOLÉANCES », THÉÂTRE ENGAGÉ MAIS OBJECTIF

lebruitduoff.com – 16 juillet 2026
« Doléances – La fable de l’écoute » – D’après les cahiers de doléances – Adaptation et mise en scène : Stanislas Roquette – Au Train bleu du 4 au 23 juillet à 14h20 – Durée : 1h20 – relâche les 10, 17 juillet.
Il y eut les ronds-points, cette France en jaune qui criait sa colère et puis, soudain, une promesse : parlez, on vous écoute ! Alors les Français ont parlé, beaucoup, parfois trop, parfois mal, mais ils ont écrit. Des milliers de pages, des vies, des colères, des idées, des coups de gueule. Tout cela devait être montré, étudié, offert à tous. Et puis… plus grand-chose si ce n’est rien.
Avec « Doléances », Stanislas Roquette et la compagnie Artépo sont allés rechercher ces paroles abandonnées dans les archives pour en faire une véritable matière théâtrale. Le spectacle s’est construit à partir de ces écrits déposés dans les cahiers ouverts en mairie en 2019. Un matériau brut que le plateau transforme, sans lui retirer sa colère ni ses contradictions.
Car « Doléances » ne raconte pas les Gilets jaunes mais démonte surtout l’étrange mécanique de l’après-crise : faire miroiter une immense écoute démocratique, laisser chacun vider son sac et donner l’impression que, cette fois, quelque chose va changer. Avant de refermer le couvercle de la cocotte-minute persuadé que le feu est éteint.
L’écriture a surtout l’intelligence de ne pas sanctifier le mouvement. Les excès, les dérives et les paroles parfois franchement douteuses sont là. Mais la démocratie n’est-elle pas justement faite pour entendre aussi ce que l’on ne veut pas entendre, puis débattre et convaincre ?
Nedjma Berchiche, Marc Lamigeon et Emmanuelle Ramu portent formidablement cette parole multiple et, par leur jeu, leurs ruptures et une vraie complicité, savent faire surgir l’humour au milieu d’une matière politique pourtant sacrément lourde. On rit souvent, sans jamais oublier ce qui gronde derrière.
Un beau moment de théâtre, engagé sans être donneur de leçons, qui pose finalement une question assez terrible : pourquoi demander à un peuple de parler si personne n’a vraiment l’intention de l’écouter ? À découvrir.
Pierre Salles





























