« SEULE COMME MARIA », LUMINEUX !

lebruiduoff.com – 16 juillet 2026

SEULE COMME MARIA – Marilou Aussilloux et Théo Askolovitch – La Manufacture – Du 13 au 21 relâche le 16.

En pleine lumière de scène et de salle. Elle s’affaire. Baignée de rap. Puis noir brutal. Et l’ombre de Maria Schneider. Dans ce lumière /noir. « J’aime pas le théâtre. Le théâtre m’ennuie. » Voix faible. Pause. Lumière. La jeune actrice du début est en répétition. Dire Maria Schneider. Mais comment ? S’arrêter se tromper recommencer. Fabriquer ce théâtre pour lequel elle dira plus tard qu’elle est « tombée en dévotion. » Ligne double de deux actrices. Mais qui est Maria Schneider ? Elle est cette image indélébile du film de Bernardo Bertolucci « Le dernier tango à Paris » avec Marlo Brando. Une scène de sodomie polémique. Le « viol » de Jeanne. Elle. Maria Schneider. Et l’immense solitude désespérée qui a suivi. 

« Après une blessure on fait comment ? ». Maria sur l’écran. Maria dédoublée sur le plateau. Astucieuse mise en scène d’une rencontre. Maria et Marilou toutes deux plongées dans le magma du cinéma. Offertes malgré elles aux monstres. Sacrés qui plus est. 

Humour et distance permanents donnent au propos une force tranquille. Au récit une brillance supplémentaire. 

Lumineuse Maria. Lumineuse Marilou. Actrice débutante au cours de théâtre. Entre fiction et réalité. Propos même du théâtre auquel nous assistons. Et si le « théâtre c’est faire vivre les fantômes » celui de Maria Schneider morte en 2011 hante notre jeune actrice. Comme la hante Ophélie. Elle aussi morte de son désespoir. 

Tout s’entrelacent. Comme une solidarité dans la blessure. Sans pathos. Et toujours avec l’élégance de la légèreté. Mais blessée elle le sera aussi. Les monstres sacrés existent encore. Monstres surtout. 

Maria et les blagues salaces du « passe-moi le beurre ». Maria et ses pleurs perdus sur le plateau de tournage. Maria détruite par une scène non écrite dans le scénario. Imaginée par Bertolucci et Brando le matin même du tournage. 

Alors c’est un récit plus long de Maria. Pour dire cet « après tango ». La solitude. La drogue. Mick Jagger. L’alcool. Les exclusions et les renvois. Et le reste. Le reste c’est ce qu’elle a vécu elle aussi Marilou. Celle qui nous laisse soudain sentir ses pleurs. Sa colère. Et toute la rage contenue de son impuissance. 

Maria Callas chante l’Ave Maria. En fond. Presque comme un souffle protecteur. Marilou s’envole vers le sud. La corrida et la mort du toro. 

Maria, elle, balade son ombre dans le théâtre. Dans la vie de Marilou. Entre ses rires, sa malice et ses blessures. 

Spectacle d’une grande finesse dramaturgique. Où l’air de rien s’entrecroisent les fêlures. Le dégoût. La colère. Le génie. La douleur. Et toutes les luttes actuelles pour établir une humanité plus juste et plus égale. Les cris pour la justice et la vérité. Pareils à ceux de ces héroïnes grecques. Celles de la tragédie. Brillamment et intelligemment mis en scène et interprété. 

Arthur Lefebvre

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