« MA VIE ROUGE KUBRICK », MARCHER VERS LA LUMIÈRE 

lebruitduoff.com – 19 juillet 2026

MA VIE ROUGE KUBRICK – D’après le roman de Simon Roy – Mise en scène Éric Jean – Le Train Bleu / Le Parvis – Du 4 au 23 juillet à 22h35 – Durée 1h05.

Rouge Kubrick. Comme une couleur emblématique. Un signe étrange. Intime. Oppressant. Douloureuse mémoire. La pièce est adaptée du roman éponyme de Simon Roy, auteur québécois. Roman qui lui-même se rattache intimement au film de Stanley Kubrick désormais culte, The Shining, l’enfant lumière. Sorti en 1980 et basé sur le roman de Stephen King. Transmission d’écritures. Héritages successifs d’une violence répétée. Tout semble ici contenu dans cette machine à écrire. Posée là sur le bureau. Évidente dans cette sobre et rigoureuse scénographie.

Jack Torrance, écrivain sec d’inspiration. Gardien d’hiver à l’hôtel Overlook dans les montagnes du Colorado. Un fils extralucide. Une neige qui isole. Une présence malveillante. La folie. L’angoisse et le désastre.

En fond de scène le grand mur blanc. Palissade de la mémoire. Au sol le rouge. Dans les belles et élégantes lumières du spectacle le rouge aussi. L’hôtel Overlook. Et les souvenirs blessés de l’enfance. Celle de Simon Roy. Fasciné à dix ans par ce film de Kubrick. Mémoire réécrite dans ce parcours Shining. Un exorcisme familial teinté du même ton de violence. Mère suicidaire. La mort inéluctable. Et toutes ces obsessions. Kubrick obsessionnel aussi. Ce désespoir brut à effacer. « As-tu écrit des poèmes d’amour à sept ans maman ? » Passé traumatique à histoires multiples. Répétition du malheur. Simon Roy prolonge le récit personnel au-delà. Dans le regard porté sur les tueries de masse. Kaos. Plan large sur l’écran. La fascination de la violence dans l’art. Les armes. Guns. Plan large encore. La folie. Bien sûr la folie. Génial Jack Nicholson chez Kubrick. Chacun pourrait -il donc se perdre dans sa propre nuit ? Cette nuit pourpre comme un flot de sang. Submersion du passé. Torrent éclaboussant les murs du luxueux Overlook. Instant saisissant. Abîme de l’âme. Et citer Nietzsche « Si tu regardes longtemps dans l’abîme, l’abîme regarde aussi en toi ». 

Les images projetées comme des flashes. Des réminiscences. Des bouts de cauchemars répétés. Des marqueurs de mémoire. Ombres des acteurs dessinant une esthétique de la souffrance. Regard de l’homme sur lui-même. Miroir. Et de l’autre côté ? Miroir et dédoublement. Un film et sa projection sur l’intime. Deux acteurs étonnants et tellement complémentaires, Nico Racicot et Marc-Antoine Sinibaldi, nous emmènent tranquillement mais sûrement dans ce parcours si singulier. Ils sont ensemble l’écrivain et son double parfois. L’écrivain et ses personnages. Ses obsessions. Cet autre côté du miroir. Si fascinant d’inconnu. Tout est précis. Distillé. Fragments de vie et de cinéma mêlés. Dessiné comme une chorégraphie incontournable. La mise en scène d’Eric Jean est d’une redoutable et presque angoissante précision. Un dédale de la mémoire et de l’existence où l’on se perd parfois. Où se confondent les destins intimes et notre histoire collective. Et s’il peut sembler préférable d’avoir vu le film de Kubrick pour apprécier toutes les nuances de ce rouge, il est toujours possible de le découvrir ou redécouvrir post-spectacle ! Et quand vient doucement l’envoûtante musique du groupe islandais Sigur Rós la blessure semble pour un instant s’apaiser. Alors oui « La seule issue heureuse consiste à avancer obstinément vers la lumière. »

Arthur Lefebvre

Comments
One Response to “« MA VIE ROUGE KUBRICK », MARCHER VERS LA LUMIÈRE ”
  1. MARINA RAOULX dit :

    Très bonne mise en scène et distribution impeccable. Passée la première minute l’accent québécois est oublié. Le texte est très bien construit, tendu, le rapport à « The Shining » tout à fait pertinent.

    Très très bon spectacle, nous étions 5 spectateurs tous d’accord avec ça.

Attention, nos commentaires sont modérés : pas d'auto-promo ou de pub déguisée, ça ne passera pas. Pas plus bien sûr que les insultes. Merci.