« ÉVANGILE DE LA NATURE », UNE BONNE NOUVELLE ÉCLAIRÉE 

lebruitduoff.com – 20 juillet 2026

ÉVANGILE DE LA NATURE – D’après De rerum natura de Lucrèce – Traduction Marie NDiaye et Christophe Perton – Avec la collaboration d’Alain Gluckstein – Adaptation, mise en scène et scénographie Christophe Perton. – Théâtre des Halles – Jusqu’au 25 juillet à 16h40. 1h20. Relâche le 22.

Un triptyque d’écrans. Des ombres gris rose. Un plateau circulaire. Comme un fragment de cosmos qui se meut lentement. Au sol la représentation du ciel. Toile du peintre allemand Caspar David Friedrich.

De l’obscurité viennent les premiers mots. Le tutoiement. Et l’adresse directe. Les premiers mots d’un texte sidérant tant il est contemporain.

Lucrèce, disciple d’Epicure, écrit De rerum natura, au premier siècle avant notre ère. À l’âge de trente cinq ans. Un long poème de 7400 vers ramené ici à une sorte d’essentiel. Une écriture limpide due au grand talent de Marie NDiaye et Christophe Perton. Et peut-être d’urgence à dire ou redire certaines vérités essentielles sur notre monde. Le savoir. La science. La connaissance. La nature et sa puissance. Nous ne naissons pas d’un dieu mais sommes engendrés, comme tout être vivant  par notre mère nourricière : la Terre. La respecter c’est indéniablement assurer notre existence.

Quoi de plus actuel ? 

Puissance de l’atome qui crée l’univers. Le temps n’existe pas. Quid de l’âme après la mort ? Ne pas se laisser berner par les religions. S’élever contre les dogmes. Leur bêtise. La barbarie et la violence qu’ils engendrent. Contre l’obscurantisme. Affirmer des convictions scientifiques profondes. La nature nous a donné la vie. Il faut la célébrer. Rien de plus. Rien de moins. L’homme fabrique lui-même ses angoisses existentielles. Nous ne sommes que de passage. Réalité inéluctable. Rien avant. Rien après. Lois physiques seules à régir l’univers et assurer notre sérénité. L’atome clé de voûte. 

Lucrèce théorise avec une rare lucidité. Alliant poésie et humour parfois piquant pour alimenter une vaste pensée philosophique. Une pensée qui aujourd’hui encore reste d’une actualité foudroyante. 

Stanislas Nordey nous transmet ce texte majeur avec le talent qu’on lui connaît. Dans une sobre et raffinée mise en scène de Christophe Perton. Balançant le corps de cette façon si particulière. La voix est musique. Le corps est danse. Il arpente ce fragment d’univers. Nous dit la profondeur de l’universel. Dans l’ombre ou la demi-lumière soignée d’Eric Soyer. Avec malice parfois. Légèreté. Et générosité toujours.

Sur les écrans nous accompagnent de superbes images. Magma en noir et blanc. Fluidité de l’eau. Comme celle du discours. Chemins d’étoiles et constellations. Rien ne peut naître de rien. Roches et sable au regard d’un enfant. Terres ravinées et brumes insondables. Arpenter le monde. Arpenter la pensée. Une main tendue comme une invitation. Ou une offrande. Celle de cet « Évangile » qui veut dire « bonne nouvelle ».

« Sois attentif, écoute, écoute et souviens t’en, la vie n’est, entre deux infinis du néant, qu’un bref instant dont il dépend de nous, nous seul, qu’il passe dans la paix ou dans l’anxieuse angoisse, car tous nos maux, oui tous, viennent de l’ignorance, et c’est la connaissance qui seule nous libère ».

Arthur Lefebvre

Photo J.L. Fernandez

Attention, nos commentaires sont modérés : pas d'auto-promo ou de pub déguisée, ça ne passera pas. Pas plus bien sûr que les insultes. Merci.