« A LONELY PLACE », COMMENT SE PROJETER DANS UN UNIVERS INCERTAIN ET ANXIOGENE ?

*lebruitduoff.com – 21 juillet 2026
« A Lonely Place » – De Marie Blondel, Julien Bonnet, Thomas Gornet, Anton Tchekhov – mise en scène : cie Cie du Dagor – Théâtre du Train Bleu – du 4 au 23 juillet à 20h25 – Durée : 1h05 – relâche les 10, 17 juillet.
Sur une scène immaculée de blanc, un canapé recouvert d’une bâche en plastique est le seul véritable repère. On dirait un appartement que l’on s’apprête à quitter. Ou peut-être un lieu que l’on n’a jamais réussi à abandonner. Quatre personnages y surgissent avec une seule obsession : partir. Aller ailleurs. Recommencer. Pourtant, à chaque tentative, quelque chose les retient, comme si le temps lui-même refusait d’avancer.
Depuis plus de vingt ans, la compagnie du Dagor explore les rapports humains en privilégiant un théâtre débarrassé du superflu. Ici, elle propose une fable où l’absurde devient le meilleur révélateur de nos hésitations, de nos regrets et de cette étrange incapacité à rompre avec ce qui nous enferme mais peut-être ce spectacle est-il aussi le révélateur d’une époque d’incertitude où personne ne parvient à se projetter dans un avenir incertain et anxiogène.
Le spectacle fait inévitablement penser à Un jour sans fin. Et si l’on pouvait tout reprendre depuis le début ? Ferions-nous réellement de meilleurs choix ? Rien n’est moins sûr. Les personnages tournent en rond, répètent les mêmes élans, les mêmes découragements, avec cette petite lueur d’espoir qui refuse obstinément de s’éteindre mais qui semble aussi s’éloigner inoxorablement. Plus les minutes passent, plus on comprend que la prison n’est peut-être pas ce lieu blanc mais eux-mêmes.
Les quatre comédiens défendent cette mécanique avec une énergie de chaque instant. Leur engagement est indéniable et chacun trouve sa place dans ce ballet d’avancées avortées et de retours en arrière. Si certaines situations donnent parfois le sentiment de s’enchaîner comme des saynètes, au détriment d’une véritable montée dramatique, le plaisir de les voir évoluer ensemble demeure intact.
A Lonely Place est une proposition singulière, à la frontière du théâtre de l’absurde et de la chronique existentielle. Une pièce qui ne prétend pas apporter de réponse mais qui pose, avec une belle simplicité, une question que chacun s’est déjà posée un jour : si tout était à refaire, serions-nous vraiment capables de changer ? Pas si sûr. A découvrir
Pierre Salles





























