Un Dracula frais comme le bon sang

Une version remasterisée que ce Dracula, mis en scène par Damien Gandolfo au Théâtre de l’Oulle. On connaît tous le mythe Dracula, on en apprécie ou pas la symbolique… Ici, nous avons à faire à un Dracula léger, sans effusion -sans jeu de mots- mais non sans idées. Guy Simon en est l’incarnation sans ostentation, un comte réactualisé version 2010, c’est à dire se retirant de la scène figée des Carpates, peut-être plus assez approvisionnée en frais, pour chercher à investir son pognon dans l’immobilier parisien.

On l’a compris, nous ne sommes pas ici face à un grand-guignol façon Coppola ou Rocky Horror Pictures Show, encore moins à la beauté glaçante et sidérante d’un Murnau, même si, parfois, l’esthétique n’est pas si éloignée que cela d’un certain expressionnisme. Plutôt s’agit-il d’un conte virevoltant, une friandise acidulée et craquante, dont le comte Vlad serait le meneur de revue. Très proche du Soldat, précédente réalisation de Damien Gandolfo, ce Dracula exploîte le pitch avec une débauche d’effets visuels, plutôt réussis, et quelques vraies bonnes idées de mise en scène : ainsi du jeu devant, avec et derrière le rideau, ou encore l’utilisation d’une caméra nocturne, intrusive, dont les images live accompagnent les déplacements de Renfield, le majordome fou du conte. Le public y est également particulièrement sollicité, avec cette proximité du devant de rideau, partageant parfois même les incursions des comédiens dans la salle.

Dans une scéno dépouillée, éléments d’un improbable Tétris servant à tout, y compris au cercueil de Dracula dans lequel il prend ses repas de sang frais, les comédiens portent avec conviction un texte moderne, écrit par le réalisateur lui-même. Parmi ceux-ci, hormis l’incontournable Guy Simon en Dracula convaincant, citons le beau travail de Maxime Carrasso, en docteur habité, et de Philippe Altier, en psychotique insectiforme… On regrettera cependant ce léger manque de rythme dans les dialogues, quelques scènes peut-être un peu approximatives, qui mériteront donc l’ajustement auquel, n’en doutons pas, la troupe s’emploie.

Un bon spectacle, très visuel, servi par une troupe convaincue, dont on retiendra une scénographie efficace, un travail soigné des lumières, et la remarquable bande-son de Sebastien Piron, qui en a composé la musique. Un univers qui sied à merveille à la légende du comte, excellent Guy Simon, comme de coutume, lequel doit se sentir comme un poisson dans l’eau, ou plutôt comme un Dracula dans son sang frais.

M.R.

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