Un Apprentissage de bon aloi

L’apprentissage – Sylvain Maurice / Les Déchargeurs – Théâtre de la Luna – 20h00

Sylvain Maurice, directeur du Nouveau Théâtre et Centre Dramatique National de Besançon met en scène Alain Macé sur un texte de Jean-Luc Lagarce. «L’apprentissage » nous présente la renaissance d’un homme juste sorti du coma. Cette renaissance à la vie se déroule sur une période inconnue dans une chambre d’hôpital. L’homme, sortant du coma, réapprend par légères touches les sens, les autres, la réalité au travers de gestes simples. La peur aussi.

Sylvain Maurice ne se préoccupe pas de décors laborieux, il nous offre un texte, et un homme seul sur scène, sans artifices. Les mots, leurs enchaînements, traduisent à chaque instant la découverte, les doutes de cet homme, non dénué d’une certaine ironie, qui nous fait souvent rire… jaune. Alain Macé, époustouflant dans ce rôle, nous transperce d’un regard ou d’un infime mouvement, et arrive à passer de la profonde nonchalance d’un personnage égaré, à son désarroi le plus total. Tout instant devient épidermique, électrique, plongeant le spectateur dans le doute exquis de ce qui va se produire à chaque seconde. Alain Macé, comédien à la silhouette imposante, tient là son rôle avec une légèreté absolue.

Sa naissance, au tout début du spectacle, tel le nouveau-né se découvrant à nous lors d’une entrée en scène quasi-vaginale, laisse place à une vraie renaissance dès lors qu’il passe d’un état quasi-irréel, lunaire, en costume cravate, à celui de patient en simple pyjama, à la fin de la pièce. Les traits épais du monde se révèlent. Les doutes, la mort, la peur, la rage refont surface avec les souvenirs d’un passé oublié. Rien de démonstratif dans cette mise en scène. Juste la présence rare et délicate d’un acteur et d’un texte qui distillent l’instant émouvant d’une douloureuse renaissance à la vie.

Courez voir cette pièce à la Luna. Seul bémol, une jauge un peu légère qui n’autorisera pas hélas un maximum à savourer ce bel instant de théâtre, mais une plus grande salle aurait-elle permis autant d’intimité ?

Pierre Salles

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