Le plus vieux media du monde est un serpent foudroyant

Le Buzz, la rumeur, le bruit… Vous connaissez ? Le plus ancien media du Festival en est aussi le plus efficace. Pas une édition qui n’échappe à la règle. Le bouche-à-oreille fait ou défait un spectacle, aussi rapidement et définitivement qu’il est né, spontanément, puis s’évanouit, pour aussitôt être relayé par un autre murmure qui s’amplifiera. Cruelle évidence, à laquelle nul spectacle n’échappe, que ce soit dans l’un ou l’autre des festivals. Un mystère, s’agissant de la rapidité avec lequel il lève, se propageant comme une traînée de poudre, dévastant des mois de travail, ou portant très haut un autre, jusqu’à l’absurde, parfois. Au Festival d’Avignon, la rue est puissante, et elle le fait savoir. Combien d’artistes, de metteurs en scène, ont vu leur création soufflée, anéantie en un seul jour, parfois le premier ? Combien d’autres au contraire, que la rue a accompagnés au firmament, et cela bien avant que la presse n’en ait écrit le premier mot ?

Ce serpent de mer est redoutable. Il construit des réputations et assassine des carrières. Mais lui accorder trop de crédit serait inconsidéré. Nous savons tous combien la rumeur peut-être dangereuse, et le bouche-à-oreille festivalier n’échappe pas à cette évidence. L’engouement soudain pour tel ou tel spectacle peut se dégonfler comme une baudruche, tout aussi soudainement. La rue est capricieuse. Et précipitée, souvent. Le plus vieux media du Festival en est aussi le plus pervers. Nulle logique, nulle raison, parfois, étayent un discrédit définitif, porté par la rue. La rue, loin s’en faut, n’a pas toujours raison.

Et c’est tant mieux. Se soumettre à la dictature de la rue serait tout aussi idiot qu’accorder une foi aveugle en une presse, qui, forcément, se trompe souvent. Ou qui, parfois, par calcul ou par lâcheté, par soumission à la mode ou par défaitisme, ne fait pas toujours son travail avec le sérieux que l’on pourrait en attendre. Ainsi va la vie du Festival, soumise à des amplitudes et à des mouvements incontrôlables, et personne n’y peut rien. Simplement garder à l’esprit l’extrême fragilité, l’extraordinaire ductilité de ce murmure, pour le meilleur comme pour le pire.

Eléonor Zastavia, ce 22 juillet

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