FESTIVAL D’AVIGNON 2011 : WAJDI MOUAWAD

NOTRE CHOIX dans le Festival 2011 :  Wajdi Mouawad / DES FEMMES / Carrière Boulbon / du 20 au 25 juillet / 21.30 h.

Et puisqu’on parle de Wajdi Mouawad, il présentait à la Scène Nationale Cavaillon en février dernier son SEULS :

En cette fin d’hiver, long et froid, Wajdi Mouawad revient près d’Avignon avec «Seuls», spectacle intimiste dans lequel l’auteur se met en scène et déjà présenté au Festival 2008.

Jeune metteur en scène né au Liban, Wajdi Mouawad, après avoir passé son adolescence en France, s’installe au Québec où il obtient un diplôme d’interprétation de l’Ecole nationale de théâtre du Canada à Montréal. Très vite il dirige ses recherches vers l’écriture et la mise en scène. Les Avignonnais le découvrent plus précisément lors de l’édition 2009 du Festival pour lequel il est nommé Artiste associé. Il présentera alors son quatuor «Le Sang des Promesses» avec «Littoral, Incendies, Forêts et Ciels».

Harwan, jeune homme d’origine libanaise, étudiant d’une université du Québec, termine l’écriture de sa thèse sur un célèbre auteur de théâtre contemporain et ne parvient pas à trouver de conclusion. De coups de pinceaux, toujours légers, teintés d’humour, en situations plus dramatiques, tiraillé par sa soif de liberté et par l’Amour d’un père trop présent, victime d’un coma profond, Harwan se retrouvera bien malgré lui à Saint-Pétersbourg face au tableau de Rembrandt « Le retour du fils prodigue » …

Après nous avoir éblouis par le quatuor présenté au Festival, épopée à la fois sombre, drôle et poétique, ou tout simplement humaine, Wajdi Mouawad revient avec une pièce d’apparence plus intimiste mais qui fait néanmoins vibrer les mêmes cordes, celles de l’origine, de sa recherche, du rapport à la descendance, familiale ou culturelle, à l’oubli des mots, du langage, à la recherche du moi perdu.

Nul besoin de proposer un pitch trop linéaire. L’intrigue de cette pièce, qui est vue par certains comme une performance tant l’auteur/acteur est proche du rôle, est bien plus profonde, Wajdi Mouawad étant sans cesse à la recherche d’une enfance libanaise idéalisée. Liban terre de guerre mais surtout terre de couleurs, de familles, de rires, de chants retrouvés dans un Québec immaculé et froid, où seuls semblent se rencontrer les flocons de neige dans des rues désertes dépourvues des couleurs chaudes de l’enfance. Notions élémentaires et fondamentales si proches de l’œuvre de Rembrandt.

D’apparence moins poétique dans l’écriture que le Quatuor, «Seuls» met en scène de simples moments intimistes entre un père, bien sûr toujours trop présent, et un fils en quête d’indépendance, une sœur, presque mère, une thèse en devenir, géniale, entêtante, monument mort-né, un mentor, une idole virevoltante, inaccessible se jouant d’Harwan, de son rêve ou de son cauchemar.

Ce chemin sinueux nous mènera vers nos propres fantasmes de joies et plaisirs d’enfance retrouvée, oscillant entre le désir de mort ou à une renaissance, celle d’une Homme, Harwan ou Wajdi, peut être enfin apaisé. Nous en doutons. La « soi-disant » performance offerte aux spectateurs par l’acteur, un peu longue pour certains, simplement intense selon nous, n’a pas pour seul but dans sa durée de vider jusqu’à la lie les pots de peintures. Elle nous permet aussi de nous immerger dans ses flots de couleurs, chaudes, puissantes. Nous avons nous aussi envie d’être baignés par la chaleur des pigments, de caresser le chien, pieds nus dans l’herbe, de compter les étoiles d’une soirée d’été libanaise, de sentir simplement le regard bienveillant d’une mère, d’un père. Mais ne sont-ils pas aussi tous là, juste à coté de nous, ceux imaginés ou rêvés ? Simplement là, bien réels, tout aussi aimants, tout aussi représentants de nos origines complexes et souvent oubliées.

Pierre Salles

« Seuls » de, par, avec Wajdi Mouawad s’est joué Scène Nationale de Cavaillon les 2,3 et 4 février 2011

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