« VISION » AU THEÂTRE DES DOMS : LA TECHNOLOGIE SEULE NE SUFFIT PAS A FAIRE THEÂTRE

vision[1]

LEBRUITDUOFF.COM / 14 juillet 2013

AVIGNON OFF 2013 : « Vision » – Pierre Megos (théâtre / cinéma) – 11h00 – Théâtre des Doms.

Pierre Megos, artiste gréco-belge, metteur en scène et acteur, place lui-même son spectacle dans la catégorie théâtre/cinéma. Par un procédé technique parfaitement maîtrisé du fond bleu, il parvient à jouer sur scène et à être intégré en temps réel dans un univers onirique, mêlant poésie et science-fiction des grandes heures hollywoodiennes d’après-guerre.

Foisonnant, plein de références cinématographiques, son univers rêvé juxtapose scènes poétiques et instants très drôles. Le jeu de l’acteur est d’une précision millimétrée et le rendu réellement plausible. L’utilisation de musiques de cinéma ancrées dans nos mémoires plonge immédiatement le spectateur dans l’univers cinématographique de Pierre Megos.

On pourrait s’attendre à une multitude de variantes du film créé en direct puisque l’acteur principal est là, sur scène, au théâtre. Le principe technique de la vision d’un film dans lequel l’acteur joue en direct, son jeu étant incrusté dans un film déjà tourné, attire instantanément, comme une sorte d’ivresse de la chose filmée. Mais il semble que le dispositif d’incrustation offre néanmoins un cadre assez réduit dans l’espace, demandant beaucoup de précision et ne laissant finalement que peu de latitude à l’acteur. Nous finissons in fine à n’être plus que spectateur d’un film, même si le procédé peut paraître intéressant.

Pierre Megos, conscient de ce problème, arrive à contourner l’obstacle en redonnant ses droits au théâtre. Enfin. Dans le dernier volet, plus rien ne va… Plus de budget, le film ne peut être terminé et le semi-cinéma va redevenir théâtre. Le metteur en scène nous offre une fin qui, à l’image du film, est bourrée de clins d’œil sur le off d’un film et sur les relations parfois « tendues » entre une régie et un acteur sur scène. Tout ceci restant néanmoins très convenu.

La scène des Doms nous paraît en outre trop exiguë pour permettre aux spectateurs d’avoir la vision d’ensemble suffisante sans se laisser happer par le jeu de l’acteur ou le rendu sur écran. Il est ici tout au plus démontré qu’un seul concept technique ne peut suffire à lui seul pour faire spectacle. Eu égard au travail effectué et aux qualités de l’acteur, nous espérons que sa recherche évoluera afin que la technologie ne reste pas le seul prétexte à ses futures créations.

Pierre Salles

 

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