« KOK BATAY » DE ET PAR SERGIO GRONDIN A LA MANUFACTURE

kok

LEBRUITDUOFF.COM / 21 juillet 2013

« Kok Batay » de et par Sergio Grondin. Musique live « Kwalud », mise en scène de David Gauchard / Manufacture / 12h25 / Durée : 1h.

« Kok Batay », des coqs de combat en créoles mais aussi ces petits chefs de rue, ces jeunes dont la pure ambition est de devenir des « Kok Batay » l’ultime reconnaissance de leur violence, de leur désir d’être le Chef de meute. 

Sergio Grondin est face à nous, assis sur une chaise posée dans un ring d’eau îlien. Il entame son round tel le boxeur « Johnny le rouge » dont il va nous retracer l’histoire, comme une sorte de tragédie grecque à la sauce féroce.

Johnny c’est une histoire de généalogie intime ou commune à un peuple, un retour aux sources du mal, cette violence tribale, celle d’un fils qui tente de raconter un père tout à la fois haï et idéalisé et qu’il n’a pas connu, un père né de la haine, porté aux nues puis tombé comme un chien, assassiné dans la rue dans des volutes de rhum.

Sergio Grondin, face au public, nous offre un moment fort de théâtre, conteur moderne, sortant ce genre des musées il arrive par une extrême sensibilité à mener avec lui le spectateur dans ce récit bouleversant, mélangeant histoires collectives créoles, celle réelle et terrible du boxeur « Johnny Catherine » assassiné dans la rue par un groupe de jeune, le découpant, haranguant la foule, une de ses jambes sur un pic et vociférant « le lion est mort », mais c’est tout aussi celle du père de Sergio Grondin, coupeur de canne qui aurait pu devenir un autre « Johnny le rouge » s’il n’avait pas su trouver l’amour.

Les rares effets sont d’une indéniable poésie, comme ces coqs ou cette danse que fait apparaître l’acteur en milieu de scène, comme des bribes de mémoire. Les instants de répit ou de violence sont soutenus par une création « electro » jouée en live qui rehausse encore un peu plus ce spectacle. Le musicien est en régie, invisible, laissant seul l’acteur en corps à corps avec nous, avec chaque spectateur. Il arrive à nous parler parfois comme à l’oreille, parfois comme un chien enragé.

Sergio Grondin parvient à toucher chaque spectateur par un texte et un jeu qui nous expose cette violence dont personne ne veut parler. Il cherche aussi à expliquer ce désir d’aller de l’avant, cette envie de construire ensemble une histoire future.

Un coup de cœur, un spectacle puissant qui ne perd rien de sa subtilité et de l’émotion transmise grâce au travail au cordeau de l’acteur et du metteur en scène qui ne tombent jamais dans la facilité du pathos sur un sujet aussi lourd et qui modernise diablement le genre du « conteur ».

Pierre Salles

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