INTERMITTENCE & FESTIVAL D’AVIGNON : ET MAINTENANT ?

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lebruitduoff.com / 19 juin 2014.

Dans l’expectative d’une suite -ou pas- à donner aux deux festivals d’Avignon, le In et le Off, tous deux dans l’attente d’une résolution -ou pas- du conflit des Intermittents, Avignon semble comme suspendue à ce qui pourrait bien devenir son meilleur cauchemar, renouant ainsi avec la débâcle de 2003.

Inutile de revenir sur les conséquences inouïes d’une annulation du In, simplement désastreuses pour la pérennité du festival international, dont les incidences aux plans artistique et financier seraient incalculables. Le fait est que déjà l’annulation ou la perturbation de petits festivals aux budgets fragilisés -Uzès Danse, Printemps des Comédiens, le Festival de Marseille (représentation annulée ce 19 juillet)… – mettent en péril non seulement ces structures mais aussi tout un secteur culturel déjà sinistré. Surtout, elles sont vécues par tous -artistes, publics- comme une incroyable atteinte à la plus élémentaire -et la plus belle- des libertés : celle de créer, celle de partager une aventure artistique avec le plus grand nombre.

Certes l’action des intermittents est largement légitime. Certes leur inquiétude quant à un statut de plus en plus difficile à obtenir puis à conserver doit être entendue. Certes, cette catégorie de prolétaires de la culture et de précaires a raison de revendiquer haut et fort la sauvegarde de ses acquis. Mais nous ne sommes pas certains qu’elle emprunte le meilleur moyen de le faire ni que ses actions soient les plus pertinentes. En deux mots, il nous semble que la radicalité de ces actions suicidaires est contre-productive, et plus grave encore, préjudiciable à tout un secteur déjà largement ignoré du « peuple d’en-bas » qui ne voit dans ces revendications qu’agitation de « privilégiés ».

Surtout, ces actions ensemencent le terreau déjà fertile du populisme le plus exécrable, celui de l’amalgame « artistes-fainéants » et de « culture pour l’élite » -comme si les classes populaires n’avaient elles-mêmes pas besoin aussi de culture… Que celle-ci serait réservée à une classe de privilégiés et de nantis…

On entend déjà les sirènes de ce populisme-là, labouré sans relâche sur le terrain par les amis de madame Le Pen : il suffit d’écouter ces commerçants avignonnais qui pensent avec leurs pieds, récriminer contre tous ces « fainéants » qui mettent en péril leurs chiffres d’affaire (bel aveu d’incompétence)…  Bref, la guerre est ouverte, et l’intermittence radicale qui s’agite aux portes du bureau du Off (ce mercredi 18 juin) ou bloque des spectacles y contribue largement.

Inconscience ou travail de sape volontaire ? Aveuglement ou militantisme stratégique ? On ne sait vraiment, mais le fait est qu’une poignée de militants professionnels de l’intermittence -que d’ailleurs on ne voit que très rarement dans leurs propres « oeuvres »- est à la manoeuvre, flirtant dangereusement avec une « pensée » qui conduira inexorablement, en ces temps de crise et de ressentiment généralisé, à l’éradication totale de la Culture et de ses nombreux travailleurs, qui eux, aimeraient bien pouvoir conserver leur liberté d’agir et de créer… Sans subir les diktats de militants obnubilés par les intérêts de leur petite guerre inter-syndicale.

Dans une ville où le FN a fait un score historique aux dernières Européennes, où le populisme le plus abject -et le plus crétin- se tient en embuscade, relayé par ses nombreux prosélytes des rues piétonnes ou des stands des halles qui inlassablement chaque jour diffusent leur venin, leurs « idées » de café du Commerce (Cf La Provence ces derniers jours), ne pas tenir compte de ces dérives et de la dangerosité de ces actions -inefficaces autant que moralement douteuses- est tout simplement inconséquent.

Et maintenant ?

Marc Roudier

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Comments
2 Responses to “INTERMITTENCE & FESTIVAL D’AVIGNON : ET MAINTENANT ?”
  1. Geneviève dit :

    Je crois que les intermittents se trompent de cible. Pourquoi ne crient-ils pas haut et fort combien les médias (télé, radio) ne leur paient pas toutes leurs heures, se relayant sur pôle emploi. Pourquoi certains ne sont pas en CDI alors qu’ils travaillent en permanence pour les guignols de l’info, ou autre émission de M6 etc……….Pourquoi ne préparent-ils pas un discours qu’ils diront après chaque spectacle. Parceque nous ne comprenons pas. Je suis simple festivalière et j’ai le cœur lourd et espère vraiment qu’ils et le gouvernement trouveront un terrain d’entente.

    • jojo dit :

      Le mouvement, regroupé en coordination, a plus de 10 ans. La dénonciation des employeurs abusifs a été faites des centaines de fois. Les demandes de requalifications en CDI sont régulières (consultez les jugements des prud’homs). Des discours et autres textes lus lors de représentations ont été fait des centaines de fois. Allons plus loin : des propositions de réformes chiffrées et visées par des politiques et des économistes ont été faites par la coordination. Les signataires de l’accord du 22 mars refusent depuis plus de 10 ans de seulement même débattre de ces propositions. 10 ans de conseils « de bons sens » identiques à ceux de Geneviève, qui a eu 10 ans pour se renseigner un peu sur les enjeux et arguments du débats, par exemple à l’aide de ce même outil internet qui lui a permis de poster son commentaire. Les intermittents en grève ont peut-être aussi des raisons d’avoir le coeur lourd, non ?